Dakar , 04 mars (SL-INFO) – En déplacement officiel à Dakar ce 3 mars 2026, Jozef Síkela a rencontré la rédaction de Seneweb pour aborder les contours du futur partenariat stratégique entre l’Union européenne et le Sénégal. Cette visite s’inscrit dans un contexte charnière, alors que l’émergence de nouveaux pôles d’influence et une compétition intensifiée sur le marché des infrastructures poussent l’UE à réaffirmer son leadership économique sur le continent.
Le Global Gateway se trouve au cœur des échanges. Lancé en 2021, ce programme ambitieux prévoit de mobiliser 300 milliards d’euros d’ici 2027. Véritable alternative aux initiatives concurrentes, cette stratégie mise sur des investissements massifs dans les secteurs critiques comme l’énergie, le numérique ou les transports, tout en imposant des exigences strictes en matière de transparence et de durabilité.
Alors que les négociations s’intensifient, cette séquence diplomatique permet de préciser la place prépondérante du Sénégal dans cette nouvelle architecture financière européenne.
Sous votre impulsion, l’Union européenne (UE) promeut la stratégie « Global Gateway » afin de mobiliser des investissements durables et renforcer les partenariats économiques mondiaux. Comment cette stratégie a-t-elle évolué depuis votre entrée en fonction à la Commission, et quels résultats concrets avez-vous observés jusqu’à présent ?
J’ai rejoint la Commission européenne il y a un peu plus d’un an avec un mandat très clair de la présidente Ursula von der Leyen : intensifier la mise en œuvre de Global Gateway, la stratégie d’investissement extérieur de l’UE. Au cours de mes missions en Afrique, j’ai reçu un message constant de la part des dirigeants, des entrepreneurs et des jeunes. Les populations veulent des emplois de qualité, de réelles opportunités, de meilleurs services et des infrastructures fiables. C’est précisément ce que Global Gateway offre. C’est ainsi que j’envisage une nouvelle génération de partenariats internationaux avec l’Afrique.
Je souhaite aller au-delà de la relation traditionnelle donateur–bénéficiaire pour construire une stratégie de co-investissement : nous travaillons avec nos partenaires pour soutenir leur transformation économique tout en créant une résilience et une prospérité partagées. Nous nous concentrons sur ce qui fait une différence concrète dans la vie quotidienne : l’énergie, les transports, la connectivité numérique, l’éducation et les compétences, la santé, ainsi que les chaînes de valeur créatrices d’emplois et de valeur ajoutée locale.
Le Sénégal illustre parfaitement cette approche. Un très bon exemple est notre programme Investing in Youth Business in Africa, qui soutient les entrepreneurs, en particulier les femmes et les jeunes, par l’accès au financement, au coaching, à des ateliers et à des formations.
Autre exemple : notre initiative en faveur de la souveraineté sanitaire africaine, notamment à travers l’Initiative de la Team Europe sur la fabrication et l’accès aux vaccins, médicaments et technologies de santé en Afrique (MAV+). Dotée de 2 milliards d’euros, cette initiative combine investissements et appui institutionnel pour renforcer l’écosystème de santé africain. Au Sénégal, le projet industriel de production de vaccins mené par l’Institut Pasteur de Dakar et les autorités sénégalaises progresse, avec un volet important de développement des compétences déjà en cours. Les projections indiquent que les vaccins devraient être commercialisés à partir de 2030.
Près de 200 personnes issues d’entreprises pharmaceutiques locales ont été formées au cours des 12 derniers mois et 75 étudiants suivent actuellement des formations dans les métiers requis par l’industrie pharmaceutique.

Quels mécanismes spécifiques Global Gateway met-elle en place pour stimuler l’investissement privé dans les pays africains ?
Global Gateway est conçue dès le départ pour mobiliser à la fois des capitaux publics et privés, européens et africains, afin de générer un impact à grande échelle. Depuis 2021, la Team Europe a mobilisé plus de 120 milliards d’euros d’investissements publics et privés à travers l’Afrique.
En tant qu’ancien banquier, j’estime que le secteur privé a besoin de stabilité, de prévisibilité et de transparence. Avec Global Gateway, nous contribuons à créer ces conditions. Nous utilisons des outils de réduction des risques pour débloquer davantage d’investissements privés et combler les déficits de financement. Ces outils incluent des subventions, des prêts, des garanties et des instruments tels que la couverture du risque de change. Ils rendent les projets bancables, réduisent les risques et encouragent des engagements à long terme.
Pour faciliter l’engagement des entreprises, nous avons lancé le Global Gateway Investment Hub, un guichet unique où les entreprises européennes et celles des pays partenaires peuvent soumettre des propositions et accéder à un appui financier et non financier de l’UE. Nous organisons également régulièrement des forums d’affaires qui réunissent acteurs publics et privés afin de favoriser les mises en relation et de faire avancer les portefeuilles de projets.
Dans quelle mesure l’approche Global Gateway tient-elle compte des priorités économiques définies par les pays partenaires eux-mêmes ?
Global Gateway repose sur des partenariats construits autour des priorités de nos partenaires. En affaires comme en diplomatie, le seul partenariat durable est celui qui apporte des bénéfices concrets aux deux parties. C’est pourquoi, lorsque nous évaluons un projet, nous examinons son alignement avec les stratégies nationales et sa capacité à générer de l’emploi et de la croissance, tout en respectant des standards élevés de transparence et de durabilité.
Au Sénégal, notre appui contribue directement à la Vision Sénégal 2050, notamment dans les domaines de l’énergie, du numérique, des transports, ainsi que dans le développement de chaînes de valeur telles que le secteur pharmaceutique et l’agroalimentaire.
Face au défi commun du changement climatique, Global Gateway soutient dans de nombreux pays africains la transition vers une économie durable et la création d’emplois dans ces nouveaux secteurs. Au Sénégal, l’UE, aux côtés du Royaume-Uni et du Canada, a lancé en 2023 le Partenariat pour une transition énergétique juste, mobilisant 2,5 milliards d’euros sur trois à cinq ans afin de porter la part des énergies renouvelables à 40 % du mix électrique d’ici 2030.
Nous apportons également une expertise pour accompagner les réformes visant à améliorer le climat des affaires, renforcer la mobilisation des ressources domestiques, la gestion des finances publiques et la stabilité macroéconomique. Nous contribuons à améliorer les flux de financements durables afin de renforcer l’autonomie et la résilience de nos partenaires.
Comment l’UE évalue-t-elle l’impact économique projets financés dans les pays en développement ?
L’UE dispose de mécanismes solides de suivi, d’évaluation et de reporting, fondés sur des décennies d’expérience en matière de coopération au développement. Nous suivons étroitement la mise en œuvre du paquet d’investissement Global Gateway Afrique-Europe. Un rapport de suivi préliminaire est déjà disponible en ligne et illustre les progrès accomplis vers une prospérité partagée.
Au Sénégal, grâce à un portefeuille de projets en cours comprenant 100 millions d’euros de financements européens en blending, nous avons contribué à des projets d’une valeur totale de 1,3 milliard d’euros. Parmi eux figurent la dépollution de la baie de Hann, la construction de l’usine de production de vaccins Madiba, la restructuration des transports publics à Dakar avec des bus électriques et au gaz, ou encore la réhabilitation de routes stratégiques vers la Gambie et la Guinée-Bissau. Ces projets ont un impact économique tangible sur le commerce, la croissance et l’emploi.
