Dakar, 9 fév (SL-INFO) – Le potentiel économique de l’Afrique, souvent vanté pour la richesse de son sous-sol et la vitalité de sa démographie, se heurte à une réalité financière et administrative beaucoup plus austère. Lors de l’Université de rentrée de Sup de Co, le directeur de la Chambre de commerce américaine, Mahi Kane, a dressé un tableau sans concession de l’environnement des affaires, mettant en lumière les disparités techniques qui éloignent les investisseurs du Sénégal.
L’analyse de l’ancien cadre de Price Waterhouse Cooper (PwC) repose d’abord sur une comparaison chiffrée des conditions d’accès aux capitaux. Alors que les économies occidentales robustes bénéficient de conditions de financement optimales, les États africains subissent une prime de risque considérable. « Un pays comme l’Allemagne peut aller sur le marché international et emprunter à 2%, parce qu’il a une bonne rotation sans compter les échanges », explique Mahi Kane. À l’inverse, le Sénégal et ses voisins doivent composer avec des taux d’intérêt oscillant entre 8 et 12%. Ce différentiel, selon les propos rapportés par Le Quotidien, pèse lourdement sur la capacité des États à financer leur développement. Au-delà de cette pression financière, l’attractivité du pays souffre d’un défaut de visibilité réglementaire. Les investisseurs étrangers, particulièrement les multinationales, privilégient la stabilité des règles du jeu. Or, la méthode d’application des nouvelles mesures fiscales ou légales pose problème. Mahi Kane pointe du doigt le manque de « prédictibilité » du cadre réglementaire, déplorant que les pouvoirs publics imposent de nouvelles lois sans laisser aux acteurs économiques le temps de préparation nécessaire. Cette instabilité, couplée à l’inflation, crée un climat d’incertitude qui freine les engagements à long terme.
Le contexte géopolitique mondial accentue ce repli. Les multinationales, devenues plus sélectives, tendent à se retirer des zones perçues comme instables pour se recentrer sur leurs propres intérêts nationaux. Même le secteur technologique, pourtant considéré comme un levier de croissance, ne parvient pas à capter suffisamment de capitaux. L’offre africaine dans ce domaine est jugée « non alignée » sur les attentes des bailleurs de fonds. Pour le directeur de la Chambre de commerce américaine, la fiscalité demeure la clé de voûte de cette architecture : sans une réforme de fond garantissant sécurité et rentabilité, les ressources naturelles ne suffiront plus à séduire les marchés extérieurs.
