Dakar, 12 fév (SL-INFO) – Au Sénégal, l’essor des fintechs a transformé le paysage financier en démocratisant l’accès aux services de paiement et en facilitant l’inclusion de populations longtemps exclues du système bancaire classique. Mobile money, portefeuilles électroniques et plateformes de micro‑transactions permettent aujourd’hui à des millions de Sénégalais de transférer, épargner ou recevoir des fonds sans passer par une agence traditionnelle. Ces innovations améliorent la fluidité des échanges quotidiens et offrent une visibilité nouvelle sur les flux financiers informels.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de financer l’économie réelle, notamment les entreprises et les projets structurants, le rôle des banques reste prépondérant. Les prêts commerciaux, les crédits à l’investissement ou les lignes de trésorerie qui permettent aux sociétés de croître, d’acquérir des équipements ou de créer de l’emploi reposent encore largement sur les établissements bancaires. Les fintechs, pour leur part, ne disposent pas encore des ressources ni des garanties nécessaires pour intervenir à grande échelle sur ce segment plus risqué et plus capitalistique.
Cette division des rôles crée une asymétrie : le numérique contribue à élargir l’accès aux services financiers de base, mais son effet sur l’investissement productif et la transformation structurelle de l’économie demeure limité. Les entreprises formelles continuent de dépendre des banques pour sécuriser leur financement à moyen et long terme, et les projets innovants à forte intensité de capital peinent à bénéficier des canaux numériques.
Le contraste est particulièrement visible dans les secteurs industriels et agricoles, où les besoins en équipement et en fonds de roulement dépassent largement ce que les fintechs peuvent fournir. Les banques, dotées de bilans plus solides et d’une expertise dans l’évaluation du risque, restent les acteurs capables de mobiliser des ressources importantes et de soutenir la croissance structurelle de l’économie.
Ainsi, si les fintechs redéfinissent l’expérience financière quotidienne et renforcent l’inclusion, la véritable impulsion du financement productif continue de provenir du secteur bancaire. Cette réalité souligne la nécessité de concevoir des partenariats entre acteurs numériques et institutions traditionnelles afin de canaliser l’innovation technologique vers un impact plus profond sur l’économie sénégalaise.
