Dakar, 12 fév (SL-INFO) – Adoptée en 2020, mais rendue pleinement opérationnelle à partir de 2025 grâce à la mise en place progressive de ses textes d’application et de ses dispositifs d’exécution, la Startup Act marque une étape attendue dans la structuration de l’écosystème entrepreneurial au Sénégal.
Présentée comme un cadre juridique et fiscal destiné à soutenir les jeunes entreprises innovantes, elle ambitionne de lever plusieurs freins identifiés depuis une décennie par les incubateurs, investisseurs et fondateurs. Incitations fiscales ciblées, facilitation de l’accès au financement et reconnaissance officielle du statut de startup figurent parmi les axes centraux du dispositif.
Le texte introduit notamment un régime d’agrément permettant aux entreprises innovantes d’accéder à des avantages fiscaux temporaires, à des exonérations partielles sur certains impôts et à un environnement administratif simplifié. L’objectif affiché consiste à réduire les charges durant les premières années d’activité, période où la trésorerie demeure fragile et où les besoins d’investissement sont élevés.
Dans un contexte où le financement bancaire classique reste peu adapté aux modèles à forte croissance, mais à rentabilité différée, cette mesure vise à améliorer le taux de survie des jeunes pousses.
L’accès au financement constitue justement l’un des piliers de la réforme. La Startup Act prévoit la mise en place de mécanismes d’accompagnement financier, incluant des dispositifs de facilitation et de mise en relation avec les investisseurs, ainsi que des partenariats avec des acteurs privés. Si la loi pose le principe d’un soutien à l’investissement, les modalités opérationnelles, telles que l’existence de fonds dédiés ou de garanties publiques, dépendent des instruments mis en œuvre au fil du déploiement. Cette orientation répond à une réalité bien documentée.
En Afrique de l’Ouest, les levées de fonds en capital‑risque restent concentrées dans quelques pôles majeurs, et le Sénégal, bien que dynamique, demeure en retrait par rapport à des marchés comme le Nigeria ou le Kenya. Les autorités espèrent ainsi créer un environnement plus attractif pour les fonds d’investissement, tout en facilitant l’émergence de financeurs locaux.
La loi entend également renforcer la crédibilité juridique des startups en leur offrant un statut reconnu, susceptible de rassurer partenaires et investisseurs. Si l’accès aux marchés publics ou à certains programmes internationaux n’est pas explicitement prévu dans les textes, la formalisation du statut pourrait indirectement favoriser ces opportunités. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large de positionnement du Sénégal comme hub numérique francophone, en cohérence avec les projets d’infrastructures technologiques en cours et les ambitions affichées en matière d’économie digitale.
Toutefois, la réussite de la Startup Act dépendra moins de son annonce que de son application effective. La rapidité des procédures d’agrément, la clarté des critères d’éligibilité et la coordination entre administrations seront déterminantes. L’expérience d’autres pays africains ayant adopté des cadres similaires montre que l’impact repose sur la stabilité réglementaire et la confiance des acteurs économiques.
Le dispositif intervient à un moment charnière où le tissu entrepreneurial sénégalais gagne en maturité, porté par des secteurs tels que la fintech, l’agritech et les services numériques. La Startup Act ne transforme pas instantanément l’environnement des affaires, mais elle constitue un signal politique et institutionnel fort. Si sa mise en œuvre s’accompagne d’une amélioration continue du climat des affaires et d’un accès réel au capital, elle pourrait contribuer à ancrer durablement l’innovation comme moteur de diversification économique.
