Dakar, 12 fév (SL-INFO) – Elle nourrit des millions de personnes, fait vivre des communautés entières et alimente une part non négligeable des exportations halieutiques du pays. Pourtant, la pêche artisanale demeure souvent cantonnée à une lecture sociale, comme si elle relevait d’un simple amortisseur de pauvreté. En réalité, ce secteur constitue l’un des fondements économiques des zones côtières sénégalaises et un maillon déterminant de la sécurité alimentaire nationale.
Au Sénégal, la pêche représente environ 3 % du produit intérieur brut selon les données officielles du ministère des Pêches et de l’Économie maritime. Elle contribue pour près de 10 % aux exportations totales, principalement à travers les produits transformés et congelés destinés aux marchés européens et asiatiques. La pêche artisanale assure à elle seule plus de 70 % des captures maritimes nationales et mobilise directement ou indirectement plusieurs centaines de milliers d’emplois, entre pêcheurs, mareyeurs, transformatrices, transporteurs et commerçants.
Dans les grandes zones halieutiques telles que Saint Louis, Mbour, Joal ou Kafountine, l’activité structure l’économie locale. Les revenus générés irriguent le commerce, la construction et les services. Chaque pirogue mise à l’eau entraîne une chaîne de valeur qui dépasse largement l’acte de pêche. Cette densité économique reste pourtant insuffisamment intégrée dans les analyses macroéconomiques, qui privilégient souvent les secteurs extractifs ou industriels.
La fragilisation du secteur a des répercussions immédiates. La raréfaction de certaines espèces, la concurrence des flottes industrielles et l’augmentation des coûts du carburant réduisent la rentabilité des sorties en mer. Lorsque les débarquements diminuent, ce sont les marchés urbains qui ressentent la hausse des prix du poisson, principale source de protéines animales pour une grande partie des ménages.
Selon l’Agence nationale de la statistique et de la démographie, le poisson représente une part significative de la consommation alimentaire des Sénégalais, en particulier dans les centres urbains.
La pêche artisanale joue également un rôle stabilisateur. Dans des régions où les alternatives d’emploi sont limitées, elle constitue un rempart contre l’exode et l’émigration irrégulière. La contraction des revenus halieutiques modifie les trajectoires individuelles et alimente des dynamiques sociales plus larges. La mer devient alors à la fois espace de subsistance et frontière de départ.
Réduire la pêche artisanale à une fonction sociale revient donc à occulter sa contribution à la balance commerciale, à l’emploi et à l’équilibre territorial. La question n’est pas seulement celle de la survie d’un mode de vie traditionnel, mais celle de la préservation d’un secteur stratégique pour l’économie nationale. Reconnaître pleinement ce poids économique suppose d’améliorer la régulation, d’investir dans la transformation locale et de renforcer la gouvernance des ressources marines.
La pêche artisanale n’est pas un vestige du passé. Elle demeure un pilier discret mais essentiel de l’économie sénégalaise. Sa consolidation conditionne autant la prospérité des littoraux que l’accès quotidien à l’alimentation pour des millions de citoyens.
