Dakar, 16 fév (SL-INFO) – Dans le débat public, les termes croissance et développement sont souvent employés comme s’ils désignaient une même réalité. Pourtant, ils renvoient à deux dimensions distinctes de la trajectoire économique d’un pays. La croissance correspond à l’augmentation du produit intérieur brut, c’est-à-dire à la valeur des biens et services produits sur une période donnée. Le développement, lui, renvoie à l’amélioration concrète des conditions de vie, à l’accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi décent et à une répartition plus équitable des richesses.
Les économies africaines offrent de nombreux exemples de cette dissociation. Selon la Banque mondiale, l’Afrique subsaharienne a enregistré en moyenne une croissance annuelle d’environ 4 % entre 2000 et 2014, avec des pics supérieurs à 6 % dans plusieurs pays exportateurs de matières premières. Pourtant, le taux de pauvreté extrême dans la région reste l’un des plus élevés au monde, autour de 38 % en 2022 selon les dernières estimations de l’institution. L’augmentation de la production n’a pas automatiquement transformé les structures sociales ni réduit les écarts de revenus.
Cette situation s’explique en partie par la nature même de la croissance. Lorsqu’elle repose sur des secteurs capitalistiques comme les hydrocarbures ou les mines, elle génère peu d’emplois directs et diffuse faiblement ses bénéfices dans le reste de l’économie. Le produit intérieur brut peut alors progresser rapidement tandis que l’emploi formel, la qualité des services publics ou la mobilité sociale stagnent. La richesse créée se concentre dans certains segments sans irriguer durablement l’ensemble de la société.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) rappelle, à travers l’indice de développement humain, que le revenu n’est qu’une composante du progrès. L’espérance de vie, le niveau d’instruction et l’accès aux services essentiels pèsent tout autant dans l’évaluation du bien être collectif. Un pays peut afficher un revenu par habitant en hausse tout en souffrant d’inégalités territoriales marquées, d’un système de santé fragile ou d’un chômage massif des jeunes. Dans ce cas, la croissance demeure un agrégat comptable, sans traduction tangible pour une large part de la population.
La confusion persiste aussi parce que la croissance est plus facile à mesurer et à communiquer. Un taux annuel de 5 % se lit immédiatement et permet des comparaisons internationales rapides. Le développement, lui, exige une analyse plus fine, qualitative autant que quantitative. Il interroge la qualité de la dépense publique, la gouvernance, la capacité à transformer les ressources naturelles en capital humain et productif.
Distinguer clairement ces deux notions n’implique pas d’opposer l’une à l’autre. La croissance demeure nécessaire pour élargir les marges budgétaires et financer les politiques sociales. Mais elle n’est pas une fin en soi. Sans orientation vers la diversification productive, l’emploi et la réduction des inégalités, elle peut même renforcer des déséquilibres existants. L’enjeu n’est donc pas seulement de produire davantage, mais de produire mieux et de répartir plus équitablement les fruits de l’activité économique.
