Dakar, 17 fév (SL-INFO) – Le face-à-face s’est tenu ce mercredi dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale française, dans un climat de tension diplomatique palpable. Interpellé par les députés sur la véracité des propos attribués à une haute fonctionnaire des Nations Unies, le ministre des Affaires étrangères, Jean-Noël Barrot, devait clarifier la position de Paris. Alors que plusieurs instances, dont la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), pointent des inexactitudes factuelles dans le dossier, le chef de la diplomatie a choisi une ligne de conduite ferme face aux appels à la rectification.
Loin de revenir sur sa position initiale exprimée le 11 février, Jean-Noël Barrot a confirmé devant les parlementaires le maintien intégral de sa demande de démission visant Francesca Albanese, la Rapporteuse spéciale de l’ONU. Rejetant les accusations de déformation de propos, le ministre a déclaré : « Les fake news, ça suffit. Je n’ai ni déformé, ni troqué les propos de Madame Albanese. Je les ai tout simplement condamnés parce qu’ils sont condamnables. » Une déclaration qui intervient alors que la diplomatie française est sous le feu des critiques de plusieurs organismes de protection des droits humains.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, la polémique repose sur des citations précises. La CNCDH et le Comité de coordination des procédures spéciales de l’ONU contestent la version ministérielle, évoquant une « déformation manifeste » et des « faits fabriqués ». Au cœur du contentieux figure l’attribution à Francesca Albanese de l’expression « ennemi commun de l’humanité » pour qualifier Israël, des propos qu’elle aurait tenus le 7 février selon Paris, mais que les instances de contrôle jugent inexistants. Malgré ces éléments contradictoires, Jean-Noël Barrot affirme « assumer pleinement » sa démarche, qualifiant les interventions de la Rapporteuse de « provocations » et citant notamment une supposée « justification du 7 octobre ».
Pour justifier ce maintien de la pression diplomatique, le ministre a invoqué la réaction du Hamas qui, selon lui, serait « venu au secours de Madame Albanese » après le début de l’affaire. Il décrit la position de la France comme « parfaitement cohérente » : d’un côté, le refus que « les extrémistes en Israël nient le droit du peuple palestinien », illustré par la condamnation des décisions israéliennes en Cisjordanie ; de l’autre, le refus que le droit d’Israël à la sécurité soit contesté. « Je refuse que des discours de haine, d’où qu’ils viennent, puissent fragiliser l’espoir d’une solution à deux États », a-t-il conclu.
Cette persistance de l’exécutif français soulève des inquiétudes institutionnelles majeures. Dans un communiqué qui ne nomme pas explicitement la France mais vise « plusieurs ministres », le Comité de coordination des procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme a dénoncé mercredi des « attaques ciblées ». De son côté, la CNCDH alerte sur un « précédent dangereux » et une forme d’ingérence menaçant l’indépendance des experts onusiens. L’institution rappelle que cette démarche émane d’un membre permanent du Conseil de sécurité, ce qui pourrait engager une « responsabilité historique » dans l’affaiblissement des mécanismes de protection internationale.
