Dakar, 19 fév (SL-INFO) – Les fidèles catholiques du Sénégal ont entamé, ce mercredi 18 février 2026, le temps du Carême avec la traditionnelle cérémonie d’imposition des cendres. Cette période de quarante jours, qui mènera à la célébration de Pâques le 5 avril prochain, s’ouvre cette année sous une double impulsion spirituelle particulièrement exigeante. Si le cadre liturgique reste inchangé, les directives émanant du Vatican et de la Conférence épiscopale locale imposent aux croyants des défis concrets qui dépassent la simple privation alimentaire.

Dans les paroisses, l’heure est à l’introspection. Pour guider cette marche vers Pâques, deux messages distincts mais complémentaires ont été délivrés aux fidèles. D’un côté, les évêques du Sénégal appellent à une restructuration profonde du fonctionnement de l’Église locale ; de l’autre, le Pape Léon XIV exhorte la communauté universelle à une discipline personnelle qui rompt avec les habitudes de communication actuelles.

**Une abstinence verbale plutôt qu’alimentaire**

Le message du souverain pontife, daté du 5 février, déplace le curseur du jeûne traditionnel vers une ascèse plus relationnelle. Sous le thème « Écouter et jeûner », le Pape Léon XIV ne se limite pas à demander une réduction de la consommation de nourriture. Il cible spécifiquement la violence verbale qui sature l’espace public et privé.

Selon le Saint-Père, l’effort de Carême doit se traduire par une « abstinence des paroles qui blessent ». Il invite explicitement les chrétiens à désarmer leur langage, en renonçant aux mots tranchants, aux jugements hâtifs et à la médisance, que ce soit en famille, au travail ou sur les réseaux sociaux. Cette forme de jeûne vise à créer les conditions d’une écoute réelle, condition sine qua non pour entendre « le cri des pauvres ».

**L’urgence de l’autonomie financière**

Au niveau national, les évêques sénégalais, relayés par l’Abbé Roger Gomis dans les colonnes de Sud Quotidien, posent un diagnostic sans concession sur la situation matérielle de l’Église. Le thème retenu, « Bâtir une Église synodale autonome », met en lumière une nécessité structurelle : la fin de la dépendance vis-à-vis de l’aide extérieure.

Pour le clergé, l’autonomie financière est devenue un impératif de maturité et de liberté. Monseigneur Alexis Touabli Youlo a rappelé, lors de l’assemblée de la CERAO à Dakar, qu’une Église doit générer ses propres ressources pour témoigner librement de sa foi, sans subir de pressions. Cet appel à l’autonomie s’accompagne d’une exigence de transparence totale dans la gestion des ressources et d’une culture du don plus ancrée chez les fidèles.

**Une Église qui prend position**

Au-delà des questions de gestion, les pasteurs revendiquent un rôle prophétique face aux tensions qui traversent l’Afrique de l’Ouest. Le message épiscopal insiste sur la dénonciation des injustices sociales, de la corruption et de l’accaparement des terres. La synodalité, concept clé de ce Carême, est présentée non pas comme une simple consultation, mais comme une inclusion réelle des laïcs, des femmes et des jeunes dans les instances décisionnelles, afin de construire une communauté plus juste et solidaire.

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