Dakar, 19 fév (SL-INFO) – La complexité des chaînes d’approvisionnement mondiales place le consommateur européen face à un dilemme éthique et commercial à l’approche des périodes de forte consommation. Alors que la demande de dattes s’intensifie, notamment en prévision du Ramadan, des pratiques d’étiquetage controversées sont mises en lumière, révélant un décalage entre l’origine affichée sur les emballages et la provenance réelle des fruits.
Selon les informations rapportées par l’agence Anadolu, une part significative des dattes commercialisées sur le marché européen dissimulerait leur véritable origine israélienne. Cette stratégie vise à contourner les mouvements de boycott qui ciblent les produits issus des colonies en Cisjordanie, dans un contexte marqué par la guerre à Gaza. Le marché mondial de ce fruit, évalué à plus de 32 milliards de dollars, est dominé par les pays du Moyen-Orient et d’Afrique, mais Israël y occupe une niche stratégique grâce à la variété Medjool, un produit à forte valeur ajoutée.
Les investigations sectorielles font état d’un mécanisme qualifié de « blanchiment ». Des rapports indiquent que les dattes cultivées dans les colonies illégales de Cisjordanie ne sont pas exportées directement vers l’Europe. Elles transitent par des circuits logistiques indirects ou des zones de libre-échange où elles sont reconditionnées. L’objectif est de modifier l’étiquetage pour attribuer la production à des pays tiers, tels que l’Afrique du Sud, les Pays-Bas, ou même la Palestine.
Ce procédé permettrait aux produits des colonies d’échapper aux sanctions et à la vigilance des consommateurs. Des témoignages de producteurs locaux suggèrent que ces dattes sont parfois mélangées à la chaîne d’approvisionnement palestinienne via des intermédiaires, brouillant ainsi la traçabilité finale. En 2014, les autorités palestiniennes avaient déjà saisi 20 tonnes de produits israéliens faussement présentés comme locaux.
**Une production déconnectée des frontières officielles**
Les chiffres avancés par les experts soulignent l’ampleur de ce circuit parallèle. Si Israël exporte officiellement environ 35 000 tonnes de dattes par an, la production réalisée à l’intérieur de ses frontières reconnues, notamment dans la vallée d’Arava, ne couvre qu’une faible part de ce volume (environ 8 800 tonnes). Cette disproportion laisse entendre que près de 75 % des dattes Medjool exportées proviendraient en réalité des plantations situées dans les colonies.
L’Union européenne, via une décision de la Cour de justice de 2019, impose pourtant un étiquetage précis distinguant les produits d’Israël de ceux des colonies. Cependant, des pays comme les Pays-Bas et la France, qui servent de hubs de conditionnement et de réexportation, compliquent le suivi. En 2024, ces deux nations ont exporté pour 150 millions de dollars de dattes, alimentant le marché européen, notamment l’Allemagne.
Face à ces révélations et sous la pression de consommateurs de plus en plus attentifs, certaines grandes enseignes européennes commencent à réagir. Le Co-op Group a ainsi suspendu ses approvisionnements provenant de sources associées à des violations des droits humains. Le secteur agricole israélien, confronté à ces blocages et aux difficultés logistiques, a alerté son gouvernement sur les risques économiques majeurs pesant sur la filière.
