Saint-Louis, 19 fév (SL-INFO) – Les violences basées sur le genre (VBG) demeurent une préoccupation majeure de santé publique et de droits humains au Sénégal. Les données de l’Enquête Démographique et de Santé (EDS 2017) révèlent que 8 % des femmes âgées de 15 à 49 ans déclarent avoir subi des violences sexuelles au cours de leur vie. Plus préoccupant encore, dans 62 % des cas, l’auteur est le mari ou le partenaire intime.

Ces chiffres mettent en évidence une réalité souvent tue : le danger ne provient pas uniquement de l’espace public. Pour de nombreuses victimes, il se trouve au sein même du foyer. Ce constat interroge les dynamiques de pouvoir dans le couple et les normes sociales qui tendent à banaliser certaines formes de violence conjugale.

Selon le psychologue à la Direction de la Santé des Adolescents, Abdoulaye Ndione, l’impact de ces violences dépasse largement l’acte lui-même. « Lorsqu’une femme subit des violences sexuelles répétées dans le cadre conjugal, cela entraîne des séquelles psychologiques profondes, altère l’estime de soi et compromet la capacité à se projeter dans l’avenir », explique-t-il.

Les conséquences sanitaires sont multiples : troubles anxieux et dépressifs, grossesses non désirées, infections sexuellement transmissibles, blessures physiques et isolement social. À l’échelle de l’Afrique subsaharienne, les VBG figurent parmi les facteurs contribuant fortement à la mortalité maternelle, avec un ratio estimé à 500 décès pour 100 000 naissances vivantes.

La pandémie de COVID-19 a, par ailleurs, aggravé la situation. Les mesures de confinement ont exposé de nombreuses femmes à une promiscuité accrue avec leur agresseur. D’après l’Association des juristes sénégalaises (AJS), la proportion de femmes victimes est passée de 43,8 % avant la crise sanitaire à 56,2 % durant la pandémie.

Face à cette réalité, les experts appellent à renforcer les dispositifs de prévention, de protection et d’accompagnement. Briser le silence, déconstruire les normes sociales qui légitiment ces violences et garantir un accès effectif aux soins médicaux et au soutien psychologique demeurent des priorités pour inverser la tendance.

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