Dakar, 20 fév (SL-INFO) – Une figure majeure du paysage politique bolivien vient de mettre fin à près de deux mois de spéculations. Après une longue absence inexpliquée, l’ancien dirigeant est réapparu publiquement dans son fief historique pour clarifier sa situation et redéfinir son cap politique.
C’est dans la ville de Chimore, située dans la région centrale de Chapare, qu’Evo Morales a signé son retour ce jeudi. Selon les éléments rapportés par Al Jazeera, l’ancien président socialiste de la Bolivie est arrivé au volant d’un tracteur dans un stade pour s’adresser à ses partisans. Les images de cette apparition, diffusées par Radio Kawsachun Coca, l’organe de presse de son syndicat de producteurs de coca, le montrent souriant et portant des lunettes noires.
Cette réapparition met un terme aux rumeurs persistantes suggérant qu’il avait fui le pays. Ces spéculations s’étaient intensifiées en janvier, à la suite de l’enlèvement de son allié, le président vénézuélien Nicolas Maduro, par les États-Unis. Pour justifier ses sept semaines de silence, le premier président indigène de la Bolivie (2006-2019) a révélé avoir contracté le chikungunya. Il a précisé avoir subi des complications inattendues liées à cette maladie virale transmise par les moustiques, évoquant des fièvres et de fortes douleurs articulaires.
Lors de ce rassemblement, Evo Morales a apporté son soutien à plusieurs candidats en vue des élections régionales prévues le mois prochain. Il a également lancé des accusations directes contre les États-Unis, affirmant que l’administration du Président Donald Trump cherchait à « éliminer tous les partis de gauche en Amérique latine ». Malgré un mandat d’arrêt émis contre lui pour des accusations de trafic d’êtres humains — des allégations qu’il rejette fermement —, il s’est engagé à rester sur le territoire bolivien.
Le contexte politique national reste particulièrement tendu sous la présidence du conservateur Rodrigo Paz, dont l’élection en octobre dernier a marqué la fin de près de vingt ans de gouvernance du Mouvement vers le socialisme. En décembre, les autorités ont procédé à l’arrestation de l’ancien président Luis Arce. Ce dernier est visé par une enquête pour corruption, soupçonné d’avoir supervisé, lorsqu’il était ministre de l’Économie sous Morales, le détournement d’environ 700 millions de dollars de fonds publics destinés aux projets de développement des populations indigènes et des paysans.
Parallèlement, la relance des relations diplomatiques entre La Paz et Washington, initiée par l’actuel chef de l’État, modifie les équilibres locaux. Les récentes démarches visant à réintroduire l’agence américaine de lutte contre la drogue (DEA) en Bolivie, dix-sept ans après l’expulsion de ses agents par Evo Morales, provoquent de vives crispations dans la région productrice de coca, bastion historique de l’ancien dirigeant.
