Dakar, 20 fév(SL-INFO)- Élevé dans la plus stricte tradition catholique, Thomas Sibille a vu sa trajectoire spirituelle basculer au début des années 2000. Aujourd’hui âgé de 43 ans et fondateur de la librairie Al Bayyinah à Argenteuil, en banlieue parisienne, il est revenu sur le cheminement intellectuel et personnel qui l’a conduit à embrasser la foi musulmane.
Dans un témoignage recueilli par l’agence Anadolu, cet homme issu d’une famille particulièrement pieuse, scolarisé dans l’enseignement privé catholique et habitué aux prières dominicales, explique que sa réflexion a démarré à l’âge de 18 ans. Le déclencheur a été la lecture d’un passage de la Bible mentionnant la venue du « Paraclet » après Jésus. Insatisfait par les explications de son père et du prêtre de l’époque, qui identifiaient cette figure au Saint-Esprit, il a soulevé une incohérence textuelle : les Écritures indiquaient que Jésus devait partir pour que le Paraclet vienne, alors que le Saint-Esprit était déjà présenté comme présent.
Ses recherches documentaires l’ont ensuite orienté vers l’exégèse musulmane, qui assimile le Paraclet au prophète Mohammed, venu parachever la révélation. Cette découverte l’a poussé à étudier le Coran en le comparant chaque soir avec la Bible. La lecture de la biographie du Prophète (sîra), rédigée par le peintre orientaliste français Alphonse Étienne Dinet, a consolidé ses nouvelles convictions, l’amenant progressivement à diriger ses prières vers Allah.
La transition définitive s’est opérée à l’issue d’une démarche d’introspection. Lors d’un mois de Ramadan, Thomas a décidé de jeûner tout en formulant une invocation spécifique : il a demandé à Dieu de l’orienter clairement vers l’islam si cette voie était la vérité, ou de le renforcer dans le catholicisme dans le cas contraire. Quelques jours après cette expérience, sa certitude était faite. Il a prononcé l’attestation de foi (shahada) seul, avant de la formaliser dans une mosquée un samedi, adoptant le prénom Bilal.
Cette conversion n’a pas été sans heurts, entraînant dans un premier temps une rupture des liens avec sa famille. Toutefois, Bilal décrit cette étape comme une renaissance qui a structuré sa vie et lui a donné des perspectives. Face à la rareté des ouvrages islamiques francophones en banlieue parisienne au début des années 2000, il a cofondé la librairie Al Bayyinah avec des proches. Une initiative motivée par le premier commandement coranique révélé, « Lis », qui enjoint à l’instruction. Fort de son propre parcours, il conseille aujourd’hui aux nouveaux musulmans de prendre le temps d’assimiler le fonctionnement de la religion et insiste sur l’importance de préserver les attaches familiales.
