Dakar , 20 fév (SL-INFO) – Installée à Abidjan et commune aux huit pays de l’UEMOA, la Bourse régionale des valeurs mobilières s’est imposée en près de trois décennies comme un instrument central du financement par le marché en Afrique de l’Ouest. Fin 2024, sa capitalisation boursière dépassait 9 000 milliards de FCFA pour les actions, avec une quarantaine de sociétés cotées, principalement issues de la Côte d’Ivoire, du Sénégal et du Burkina Faso. À cela s’ajoute un compartiment obligataire particulièrement dynamique, alimenté par les émissions souveraines et celles de grandes entreprises.
Sur le papier, la BRVM constitue une voie alternative au crédit bancaire. Elle permet de lever des fonds propres, d’allonger la maturité des ressources et de diversifier les investisseurs. Pour des entreprises en phase d’expansion, l’introduction en bourse peut renforcer la visibilité, améliorer la gouvernance et faciliter l’accès à d’autres sources de financement.
Pourtant, les petites et moyennes entreprises sénégalaises y demeurent très peu représentées. La cote officielle rassemble essentiellement de grandes sociétés, souvent filiales de groupes internationaux ou entreprises déjà solidement structurées. Les PME, qui représentent l’essentiel du tissu productif national, restent en marge de cet outil pourtant conçu pour soutenir l’investissement régional.
Plusieurs facteurs expliquent cette situation. Les exigences en matière d’information financière et de gouvernance constituent un premier filtre. La publication régulière d’états financiers certifiés, la mise en place d’organes de contrôle internes et le respect de normes comptables harmonisées impliquent des coûts fixes significatifs. Pour une entreprise de taille modeste, ces charges peuvent paraître disproportionnées au regard des montants espérés.
La question de la taille critique joue également un rôle déterminant. Les investisseurs institutionnels dominent le marché régional et privilégient des émetteurs capables d’offrir une liquidité suffisante et des perspectives de rendement claires. Or, beaucoup de PME sénégalaises affichent des chiffres d’affaires limités, une dépendance à quelques clients ou une forte exposition aux aléas sectoriels, ce qui réduit leur attractivité perçue.
À cela s’ajoute une culture financière encore inégalement diffusée. L’ouverture du capital à des investisseurs extérieurs suppose une acceptation de la dilution et une transformation du mode de gestion. Dans un environnement où les entreprises familiales sont nombreuses, cette évolution peut susciter des réticences. Le recours au crédit bancaire, même plus onéreux à court terme, apparaît souvent plus simple et plus familier.
La structure même du marché régional contribue à cette configuration. Le compartiment dédié aux PME, lancé pour élargir la base des émetteurs, demeure peu alimenté. Le volume des transactions reste concentré sur quelques valeurs phares, ce qui limite la profondeur et la liquidité du marché secondaire pour des titres de petite taille.
Cette faible participation des PME a des conséquences macroéconomiques. Elle réduit le rôle du marché financier dans la transformation structurelle et maintient une forte dépendance au financement bancaire. Dans un contexte où les banques détiennent une part importante de leurs actifs en titres publics, la capacité à irriguer le secteur productif peut se trouver restreinte.
Renforcer la présence des PME sur la BRVM suppose un accompagnement gradué. Des programmes de mise à niveau comptable, des incitations fiscales temporaires et des mécanismes de garantie partagée pourraient abaisser le coût d’entrée. L’élargissement de la base d’investisseurs locaux, notamment via les caisses de retraite et les compagnies d’assurance, contribuerait également à dynamiser la demande de titres d’entreprises de taille intermédiaire.
Il convient toutefois de ne pas idéaliser la cotation. L’exposition aux fluctuations du marché, la volatilité des cours et le risque de sous évaluation initiale peuvent fragiliser des entreprises encore jeunes. Une introduction mal calibrée, dans un contexte de liquidité réduite, peut aussi affecter durablement la réputation d’un émetteur. La Bourse constitue un outil exigeant qui requiert maturité financière, stratégie claire et gouvernance solide. Pour certaines PME, une phase intermédiaire de renforcement interne ou de financement privé peut demeurer plus appropriée avant d’envisager l’accès au marché régional.
