Dakar, 24 fév (SL-INFO) – Entre les quais d’Abidjan, de Dakar ou de Lomé et les marchés de Bamako, Ouagadougou ou Niamey, tout se joue sur l’asphalte et le rail. Les corridors logistiques ouest-africains, c’est-à-dire des axes structurés de transport combinant routes, rails et infrastructures portuaires reliant un port maritime à son hinterland régional, ne sont pas de simples voies de transit. Ils déterminent le coût du sac de riz, la compétitivité d’un ciment local ou la rentabilité d’une exportation de coton. Dans une région où plusieurs pays sont enclavés, la performance de ces couloirs de transport conditionne l’intégration économique.
La Banque mondiale estime que les coûts logistiques en Afrique subsaharienne peuvent représenter jusqu’à 30 % à 40 % de la valeur des marchandises, contre moins de 15 % dans de nombreuses économies avancées.
En Afrique de l’Ouest, les délais de transit entre un port et une capitale sahélienne peuvent atteindre plusieurs jours, parfois davantage en période de congestion ou de contrôle renforcé. Chaque heure perdue renchérit le produit final.
Le corridor Abidjan – Ouagadougou constitue l’un des axes majeurs pour le Burkina Faso. Celui de Dakar – Bamako reste stratégique pour le Mali. Lomé et Tema se positionnent également comme portes d’entrée pour le Niger.
Cette concurrence portuaire n’est pas qu’une rivalité d’influence. Elle reflète une bataille sur les coûts, les délais de dédouanement et la fiabilité des services. Les ports qui investissent dans la modernisation des terminaux, la digitalisation des procédures et l’amélioration des connexions terrestres captent davantage de flux.
Pour les pays enclavés, la dépendance est structurelle. Le moindre dysfonctionnement, qu’il s’agisse d’un ralentissement administratif, d’une dégradation de la route ou d’un contexte sécuritaire dégradé, affecte immédiatement l’approvisionnement en carburant, en produits alimentaires ou en intrants industriels. Les exportations agricoles – coton, sésame ou bétail – subissent également ces contraintes, réduisant les marges des producteurs.
L’enjeu dépasse la seule infrastructure physique. Les corridors efficaces combinent routes entretenues, postes de contrôle rationalisés, harmonisation douanière et coopération transfrontalière. Lorsque les contrôles se multiplient et que les formalités diffèrent d’un pays à l’autre, le corridor perd en fluidité. Les entreprises intègrent alors une prime de risque logistique dans leurs prix.
Les investissements en cours dans plusieurs ports ouest-africains, notamment l’extension de terminaux à conteneurs et le développement de nouveaux ports en eau profonde, traduisent la volonté des États de consolider leur position.
Mais sans amélioration parallèle des axes routiers et ferroviaires vers l’intérieur, ces infrastructures risquent de fonctionner en deçà de leur potentiel.
La compétitivité régionale se joue ainsi loin des salles de négociation commerciale. Elle se construit sur la qualité du bitume, la rapidité des procédures et la coordination entre administrations.
Dans un espace où l’intégration économique reste une ambition affirmée, les corridors logistiques demeurent l’un des leviers les plus tangibles pour réduire les coûts, stimuler les échanges et rapprocher les économies.
