Dakar, 26 fév (SL-INFO) – C’est une première étape cruciale pour le marché mondial du carbone. Les Nations Unies ont officiellement validé les premiers crédits carbone émis dans le cadre du nouveau mécanisme de l’Accord de Paris, une initiative conçue pour accélérer la réduction des émissions de gaz à effet de serre. Un projet de foyers de cuisson propres au Myanmar inaugure ce système, qui suscite à la fois espoirs et vives inquiétudes quant aux risques de « greenwashing ».
Le principe de ce marché, piloté par l’ONU, est de permettre aux pays et aux entreprises de compenser leurs émissions excédentaires en finançant des projets qui réduisent les gaz à effet de serre dans d’autres nations. Le projet inaugural, annoncé jeudi par l’ONU Climat, concerne la distribution de foyers de cuisson améliorés au Myanmar. Ces équipements, plus efficaces, permettent de réduire la pression sur les forêts locales en consommant moins de bois. Mis en œuvre en partenariat avec une entreprise sud-coréenne, il générera des crédits qui seront comptabilisés dans les objectifs climatiques de la Corée du Sud et du Myanmar.
« Plus de deux milliards de personnes dans le monde n’ont pas accès à une cuisson propre, ce qui tue des millions de personnes chaque année », a déclaré Simon Stiell, Secrétaire exécutif de l’ONU Climat. Il a souligné que ce type d’initiative « protège la santé, sauve les forêts, réduit les émissions et contribue à l’autonomisation des femmes et des jeunes filles ». Selon lui, ce nouveau mécanisme peut canaliser des financements « là où ils apportent de réels bénéfices sur le terrain ».
Cependant, l’initiative est loin de faire l’unanimité. De nombreux critiques craignent que ces systèmes, s’ils sont mal encadrés, ne sapent les efforts mondiaux de lutte contre le réchauffement climatique. Le risque principal est celui du « greenwashing » (écoblanchiment), qui verrait des pays ou des entreprises surestimer leurs réductions d’émissions réelles grâce à ces compensations, sans pour autant modifier en profondeur leurs activités polluantes.
Face à ces accusations, l’agence climatique de l’ONU se veut rassurante. Elle affirme que le nouveau Mécanisme de Crédit de l’Accord de Paris (PACM) applique des règles plus strictes que les dispositifs précédents. Les calculs, plus conservateurs, aboutiraient à des réductions d’émissions créditées inférieures de 40 % par rapport à l’ancien système. « Notre objectif est de bâtir la confiance dans ce marché dès le départ, et cette première émission montre que le système fonctionne comme prévu », a affirmé Jacqui Ruesga, vice-présidente de l’organe de l’ONU supervisant le mécanisme.
Cet outil s’inscrit dans la lignée de l’Accord de Paris de 2015, qui vise à limiter le réchauffement bien en dessous de 2°C, et idéalement à 1,5°C. L’accord prévoyait déjà la possibilité pour les pays de participer à des échanges transfrontaliers de réductions de carbone. Si les nouvelles règles de fonctionnement de ce marché ont fait l’objet d’intenses négociations, des organisations comme Greenpeace estiment qu’elles laissent des failles permettant aux entreprises de combustibles fossiles de continuer à polluer. D’autres écologistes, tout en reconnaissant les imperfections du système, y voient une clarification bienvenue pour réguler un marché des crédits carbone jusqu’alors chaotique.
