Dakar, 02 mars (SL-INFO) – À la veille d’un scrutin législatif décisif, le Népal est en pleine effervescence. Alors que les partis rivaux jettent leurs dernières forces dans la campagne, la Première ministre par intérim, Sushila Karki, a lancé un appel solennel à la paix et à la participation citoyenne, dans un pays encore marqué par les soubresauts politiques récents.
Ce jeudi, près de 19 millions de Népalais, dont 800 000 nouveaux électeurs, sont appelés aux urnes pour élire un nouveau parlement. Ce vote doit tourner la page du gouvernement de transition mis en place après l’insurrection de septembre dernier, qui avait coûté la vie à au moins 77 personnes et secoué la république himalayenne. La campagne, qui s’est achevée ce lundi, a été marquée par l’émergence d’une nouvelle génération de candidats. Portant la promesse de s’attaquer à une économie en difficulté et à la corruption endémique, ils défient une classe politique vieillissante qui domine le paysage népalais depuis plus de deux décennies.
« Pour faire avancer le pays sur la voie de la stabilité politique et de la prospérité, tous les électeurs doivent participer », a déclaré Mme Karki, ancienne présidente de la Cour suprême, lors d’une allocution télévisée. Qualifiant la situation de « complexe, sensible et difficile », elle a exhorté ses compatriotes à se rendre aux urnes, « même si vous devez pour cela délaisser d’autres tâches ». Insistant sur la nécessité d’un processus apaisé, elle a ajouté : « Je demande à chacun de maintenir la paix et l’harmonie. Ce n’est qu’avec votre participation active que notre démocratie survivra. » Le gouvernement et la commission électorale, a-t-elle assuré, sont « pleinement engagés à organiser une élection juste, libre et sans crainte ».
Au cœur de cette confrontation générationnelle se trouve la circonscription de Jhapa-5. KP Sharma Oli, leader marxiste de 74 ans et ancien Premier ministre évincé l’an dernier, y affronte une figure montante : Balendra Shah, plus connu sous le nom de Balen. À 35 ans, cet ancien rappeur devenu maire de Katmandou et membre du parti centriste Rastriya Swatantra (RSP), s’est imposé comme le symbole d’un changement politique porté par la jeunesse.
« La première revendication de la génération Z est la bonne gouvernance, car le niveau de corruption dans le pays est très élevé », a confié M. Shah à l’AFP. De son côté, M. Oli a dénoncé les « forces anarchiques » responsables de son éviction et des violences passées.
Balen n’est cependant pas le seul à courtiser le vote des jeunes. À la tête du plus ancien parti du pays, le Congrès népalais, Gagan Thapa, 49 ans, ambitionne lui aussi de mettre fin au règne des « anciens ». Cet ancien ministre de la Santé, qui se présente comme le « juste mélange d’énergie et d’expérience », incarne également cette volonté de renouveau.
Plus de 3 400 candidats sont en lice pour les 165 sièges pourvus au scrutin direct, sur les 275 que compte la Chambre des représentants. Fait notable, 30 % d’entre eux ont moins de 40 ans. Alors que la campagne s’est achevée dans une ambiance festive coïncidant avec Holi, la fête hindoue des couleurs, les analystes s’accordent à dire qu’aucun parti ne devrait obtenir de majorité absolue, ouvrant la voie à de complexes négociations post-électorales.
