Dakar, 17 avril (SL-INFO) – À l’occasion de la première Journée des femmes africaines pour la justice climatique, célébrée le 15 avril 2026, des voix puissantes se sont élevées du delta du Saloum à Saint-Louis, en passant par Dakar et Bargny. Des femmes venues de différentes régions, affectées par le projet gazier GTA, la centrale à charbon de Bargny ou encore le Train Express Régional (TER), ont convergé pour partager leurs expériences.

À Marlodj, des centaines de femmes défenseuses de l’environnement, appartenant à des organisations communautaires, se sont mobilisées pour échanger sur le thème : « Nos terres, nos voix : les femmes africaines unies pour les réparations et la justice climatique ! », mais aussi sur les impacts des projets extractifs au sein de leurs localités.

Des promesses de développement aux réalités d’appauvrissement

Vice-présidente du conseil d’administration de Lumière Synergie pour le Développement (LSD) et figure du mouvement féminin, Fatou Samba n’a pas mâché ses mots. Selon elle, les projets financés notamment par la Banque africaine de développement (BAD), initialement perçus comme des opportunités économiques, ont plutôt contribué à fragiliser les communautés.

Elle critique vivement le concept de fonds intergénérationnel, jugé injuste parce que celles qui subissent déjà les conséquences n’y gagnent absolument rien. « Les femmes avaient cru que ces projets allaient les enrichir. Aujourd’hui, elles comprennent qu’ils les appauvrissent davantage », déplore-t-elle.

Le constat est partagé dans plusieurs zones côtières du Sénégal, où l’exploitation du pétrole et du gaz bouleverse les équilibres socio-économiques. Entre restrictions d’accès aux zones de pêche et raréfaction des ressources halieutiques, les femmes transformatrices voient leurs moyens de subsistance menacés.

Des actrices de solutions ignorées par l’État

Dans le delta du Saloum, les femmes se distinguent pourtant par leur engagement environnemental. Depuis des années, elles restaurent les mangroves, écosystèmes essentiels à la biodiversité. « Des milliers d’hectares ont été reboisés grâce à leurs efforts. Chaque année, elles cotisent elles-mêmes pour mener ces actions. C’est un travail que l’État devrait soutenir et rémunérer », insiste Fatou Samba.

Malgré cet engagement, ces initiatives restent largement sous-financées et peu reconnues par les politiques publiques.

Le fonds intergénérationnel au cœur de la contestation

C’est surtout la question du fonds intergénérationnel, alimenté par les revenus du pétrole et du gaz pour les générations futures, qui cristallise les tensions. Pour Fatou Samba, cette approche est profondément injuste : « Prévoir des ressources pour des générations qui ne sont pas encore nées, alors que celles qui subissent aujourd’hui les impacts n’en bénéficient pas, c’est fausser le combat dès le départ. »

Elle dénonce un décalage entre les discours officiels et la réalité vécue sur le terrain. Les communautés impactées ne perçoivent ni retombées économiques concrètes ni amélioration de leurs conditions de vie.

Une mobilisation pour exiger des réparations

À Saint-Louis, Fama Sarr, transformatrice de produits halieutiques, plaide pour que les voix des femmes soient entendues dans les instances décisionnelles. Cette première édition de la Journée des femmes africaines pour la justice climatique, portée par des mouvements comme l’Assemblée des femmes pour le climat (WCA) et LSD, vise à mettre en lumière les solutions portées par les femmes elles-mêmes.

Au-delà de la dénonciation, les participantes appellent à une refonte des politiques publiques, exigeant une redistribution équitable des ressources et des réparations pour les préjudices subis. « On ne peut pas parler d’équité si celles qui souffrent aujourd’hui sont laissées pour compte », conclut Fatou Samba.

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