Dakar, 18 mars(SL-INFO) – À quelques jours de la fête de la Korité, une ombre plane sur l’approvisionnement des marchés sénégalais. Les acteurs de la filière avicole tirent la sonnette d’alarme face à une déferlante de produits issus de circuits de contrebande, posant un double défi économique et sanitaire majeur pour le pays.
Lors d’une rencontre avec la presse tenue à Diamniadio, l’Interprofession avicole du Sénégal (IPAS) a détaillé les contours de cette concurrence déloyale. Selon les informations rapportées par Sud Quotidien, le marché national est actuellement inondé par des volailles importées illégalement depuis des pays limitrophes. Le président de l’IPAS, le Dr El Hadji Mamadou Diouf, précise que ces États voisins importent des volumes dépassant largement leurs propres besoins de consommation. En 2023, les statistiques sous-régionales ont révélé l’importation de 45 479 tonnes de poulets, soit une moyenne de 17 kg par habitant, le triple de la norme zonale. Cet excédent d’environ 30 000 tonnes, équivalant à 20 millions de volailles, finit par traverser les frontières sénégalaises via des canaux informels qui échappent aux services de contrôle.
Les conséquences de cette fraude sont évaluées avec précision par l’organisation. L’économie nationale subit un manque à gagner global estimé à 120 milliards de FCFA. Dans le détail, 97 milliards de FCFA de chiffre d’affaires sont soustraits aux entreprises locales, menaçant directement 60 000 emplois, tandis que le Trésor public perd près de 4,8 milliards de FCFA par an. Au-delà du gouffre financier, l’IPAS met en garde contre la dangerosité de ces produits, qualifiés de « poulets morgue ». Ces volailles subissent des cycles de congélation et de décongélation non maîtrisés, favorisant la prolifération bactérienne. Aucune garantie n’est fournie concernant les dates de production, le respect des normes vétérinaires internationales ou encore les exigences du rite Halal.
Pour endiguer cette menace, les acteurs de la filière ont décidé de modifier leur approche. L’IPAS annonce qu’elle se constituera désormais systématiquement partie civile contre tout fraudeur ou revendeur identifié dans ces réseaux de trafic illicite. Malgré cette situation tendue à l’approche des fêtes de fin de ramadan et de Pâques, l’organisation a tenu à rassurer la population : la production locale, strictement contrôlée, est dimensionnée pour couvrir l’intégralité de la demande nationale en produits frais.
