Dakar, 06 mars (SL-INFO) – La course mondiale à l’intelligence artificielle (IA) redessine les équilibres économiques, plaçant le continent africain face à des choix déterminants concernant ses infrastructures. Selon une analyse détaillée publiée par Sud Quotidien, signée par le spécialiste en éthique de l’IA Alioune BA, l’Afrique consomme actuellement des technologies qu’elle ne conçoit pas et héberge ses données sur des serveurs étrangers. Une situation qui expose le continent à un manque à gagner financier massif d’ici 2030.

Le constat repose sur des données chiffrées documentées. L’Afrique abrite 18 % de la population mondiale, mais possède moins de 1 % de la capacité globale en centres de données. Sur les 223 centres recensés pour les 54 pays du continent, plus des deux tiers sont concentrés en Afrique du Sud. Des pays comme l’Égypte, le Nigeria, le Kenya et le Maroc se partagent l’essentiel du reste. Par ailleurs, aucun État africain n’affiche un taux d’adoption de l’IA supérieur à 20 %, d’après le rapport Microsoft AI Adoption 2025.

Sur le plan financier, l’IA devrait injecter 15 700 milliards de dollars dans l’économie mondiale d’ici 2030. Les projections indiquent que l’Afrique pourrait capter jusqu’à 1 500 milliards de dollars — un montant équivalant à près de la moitié de son PIB actuel — à condition d’investir dans des infrastructures avancées. En l’état actuel, le continent risque de ne capter que moins de 3 % de cette valeur générée.

Le traitement des données africaines illustre cette asymétrie. Les grands modèles linguistiques sont entraînés sur des volumes où les langues africaines (swahili, yoruba, amharique) restent marginalisées. De plus, les données collectées sur le continent sont traitées et stockées hors d’Afrique, principalement aux États-Unis ou en Europe. Cette dynamique prive les gouvernements locaux de la juridiction sur leur mémoire numérique. Dans les cercles académiques et diplomatiques, cette extraction de données brutes, qui reviennent ensuite sur le continent sous forme de services payants, est techniquement désignée sous le terme de « colonialisme numérique ».

Le développement de l’IA se heurte également à un verrou énergétique et matériel. Au Nigeria, les 17 centres de données (dont 14 à Lagos) nécessitent environ 137 mégawatts. Le réseau électrique national ne fournissant en moyenne que quatre heures d’électricité par jour, les opérateurs dépendent de générateurs diesel, ce qui augmente considérablement les coûts opérationnels. En matière de puissance de calcul, le Forum économique mondial et l’Africa Data Centres Association évaluent à moins de 1 % la part africaine de la capacité mondiale en processeurs graphiques (GPU), composants indispensables à l’entraînement des modèles d’IA.

Face à ce déficit, trois scénarios stratégiques sont identifiés pour structurer l’avenir technologique du continent. Le premier implique le développement de modèles locaux, entraînés sur des données et des langues africaines, pour concevoir une IA adaptée aux environnements contraints. Le deuxième propose la création de centres de données régionaux (Nairobi, Lagos, Johannesburg, Casablanca) afin de mutualiser les coûts. Enfin, le troisième repose sur la négociation de partenariats stratégiques incluant des transferts de technologies, la formation locale et le maintien des données sous juridiction africaine.

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