Dakar, 16 fév (SL-INFO) – La présidente de la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH) a livré son analyse sur la crise profonde qui secoue l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD). Entre appel à l’apaisement, critiques sur la gestion sécuritaire et plaidoyer pour une réforme structurelle, le Pr Amsatou Sow Sidibé a qualifié la situation actuelle de « plus dramatique que les précédentes ».

Professeure titulaire de droit, Amsatou Sow Sidibé s’est dite profondément marquée par les événements récents. « J’ai très mal », a-t-elle confié ce dimanche lors de l’émission Point de vue sur la RTS. La juriste estime que la violence observée dépasse les crises antérieures. « L’ampleur des affrontements et les images relayées traduisent un tournant inquiétant », a-t-elle affirmé, évoquant des scènes « terribles » marquées par des étudiants blessés et des chambres incendiées.

Face à cette escalade, la présidente de la CNDH exhorte les autorités à privilégier une logique d’apaisement. Elle préconise notamment la libération des leaders étudiants arrêtés, la réouverture des restaurants universitaires et la reprise normale du campus social. Insistant sur la dimension sociale de la crise, elle a rappelé que de nombreux étudiants, venus de régions éloignées, se retrouvent sans solution d’hébergement ni de restauration. « Ventre affamé n’a point d’oreille », a-t-elle lancé, estimant que la fermeture des services sociaux a aggravé les tensions.

Le Pr Amsatou Sow Sidibé a également condamné l’intervention des forces de défense et de sécurité, dénonçant des images « inadmissibles » de violences sur les étudiants. Par ailleurs, elle demande que toute la lumière soit faite sur la mort de l’étudiant Abdoulaye Ba et réclame des enquêtes « rigoureuses et impartiales » pour situer les responsabilités.

Pour l’universitaire, au-delà de la gestion de l’urgence, cette crise révèle des failles structurelles, notamment l’instabilité chronique du calendrier académique et les limites du système LMD, qu’elle juge inadapté aux réalités locales faute de moyens suffisants. Pour sortir durablement de ces cycles de violence, elle propose l’organisation d’« assises nationales de l’université », sous l’égide d’un médiateur fort et dans un cadre inclusif.

L’objectif serait de repenser en profondeur la gouvernance de l’enseignement supérieur, de stabiliser les années académiques et de restaurer la confiance. Elle appelle enfin au dialogue entre autorités, universitaires et étudiants pour éviter une année blanche. « Sans la paix, on ne peut rien construire », a-t-elle conclu.

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