Dakar , 09 avril (SL-INFO) L’Afrique subsaharienne devrait enregistrer une croissance de 4,1 % en 2025 puis en 2026, selon la dernière édition du rapport Africa’s Pulse publié par le Groupe de la Banque mondiale. Ce rythme reste supérieur à celui observé dans plusieurs régions du monde, mais il a été révisé à la baisse par rapport aux projections précédentes. Derrière cette apparente stabilité, le rapport souligne une accumulation de fragilités qui pourrait compliquer la trajectoire économique du continent.
La région reste fortement exposée aux chocs extérieurs. Les tensions géopolitiques, les perturbations du commerce international et les incertitudes sur les marchés de l’énergie continuent d’alimenter les risques. Une remontée des prix du pétrole, des céréales ou des engrais pourrait raviver l’inflation dans plusieurs pays, alors même que de nombreux ménages consacrent déjà une part importante de leurs revenus à l’alimentation et au transport.
Le rapport insiste aussi sur le poids grandissant de la dette publique. Plusieurs pays africains consacrent désormais une part élevée de leurs recettes au remboursement des intérêts et du principal. Cette situation réduit les ressources disponibles pour financer l’éducation, la santé, les infrastructures ou les politiques sociales. Dans certains cas, les dépenses liées à la dette dépassent déjà les budgets alloués à certains secteurs essentiels.
La difficulté est que les marges budgétaires restent limitées. Les États doivent à la fois préserver la stabilité macroéconomique, soutenir les populations les plus fragiles et continuer à investir. Mais les recettes fiscales progressent lentement, tandis que les besoins augmentent rapidement sous l’effet de la croissance démographique.
L’Afrique subsaharienne devra absorber des millions de nouveaux entrants sur le marché du travail au cours des prochaines années. Selon la Banque mondiale, près de 12 millions de jeunes arrivent chaque année sur le marché de l’emploi dans la région. Pourtant, les économies créent encore trop peu d’emplois formels capables d’offrir des revenus stables et durables.
Cette situation explique pourquoi la seule croissance du PIB ne suffit plus. Une progression de 4 % peut sembler correcte sur le papier, mais elle reste insuffisante si elle repose sur quelques secteurs peu intensifs en emplois ou si elle ne s’accompagne pas d’une amélioration de la productivité. Le rapport appelle ainsi à une croissance plus diversifiée, davantage tournée vers l’industrie, les services à forte valeur ajoutée et le secteur privé.
L’agriculture, les infrastructures, le numérique, l’énergie ou la transformation locale des matières premières apparaissent comme des leviers importants pour soutenir une croissance plus inclusive. Mais cela suppose des investissements, une amélioration du climat des affaires et une capacité à mobiliser davantage de ressources internes.
L’Afrique subsaharienne continue donc d’afficher des perspectives de croissance relativement favorables. Mais cette dynamique reste fragile tant qu’elle repose sur des économies peu diversifiées, fortement endettées et encore très dépendantes des chocs extérieurs.
