Saint-Louis, 08 avril (SL-INFO) – Plusieurs heures de réunion pour accoucher d’un « rien du tout ». À ce rythme, certains transporteurs semblent mieux maîtriser l’art du blocage que celui du déplacement. Grève illimitée, revendications illimitées, mais concessions limitées… voire introuvables. Le volant est entre leurs mains, mais le pays reste au point mort.

Ils crient à l’absence d’accord, mais roulent depuis des années avec leurs propres règles : surcharge chronique, véhicules bricolés, sécurité en option. Aujourd’hui, ils réclament des garanties comme on réclame un plein… après avoir longtemps roulé sur la réserve des normes. Et quand il faut s’arrêter pour réparer le système, c’est tout le pays qu’ils mettent sur cale.

Le citoyen, lui, a déjà compris : dans ce pays, le transport est le seul secteur où l’on peut être à l’arrêt… tout en créant du mouvement. Mouvement de foule aux arrêts de bus, mouvement d’humeur dans les maisons, et surtout mouvement de tête pour comprendre qui dit vrai. Parce qu’entre « aucun point d’accord » et « plusieurs points validés », il y a un fossé… aussi large qu’un nid-de-poule après hivernage.

Pendant que les deux camps jouent au bras de fer, le Sénégalais lambda, lui, joue au marathon. Marcher devient le nouveau plan de mobilité. On ne prend plus le car rapide, on devient rapide soi-même. Résultat : des travailleurs transformés en athlètes malgré eux, sans médaille, sans prime… juste la fatigue en guise de trophée.

Mais au fond, le vrai problème n’est pas seulement la grève. C’est ce système où les « 12 places » deviennent 19, parfois 25, selon l’humeur du receveur. Un miracle mécanique que même les ingénieurs n’oseraient pas breveter. Et sur la route, certains chauffeurs confondent permis de conduire et permis de tenter le destin : dépassements hasardeux, vitesses approximatives… la mort circule parfois plus vite que les passagers.

Alors oui, il faut « crever le pneu ». Mais pas celui qu’on croit. Crever l’impunité, dégonfler le désordre, regonfler la responsabilité. Sinon, demain, on négociera encore… pendant que les routes, elles, continueront de compter les absents. Et ça, aucun accord ne pourra le réparer.

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