Dakar, 27 mars(SL-INFO) – La récente sortie du ministre des Finances, Cheikh Diba, en réponse au Financial Times, mérite une lecture approfondie au-delà des commentaires superficiels qu’elle a suscités. Elle s’inscrit en réalité dans une démarche de clarification stratégique de la politique économique du Sénégal, dans un contexte international marqué par un durcissement des conditions financières et une vigilance accrue des partenaires techniques et des marchés.
Sur le fond, la déclaration du ministre met en lumière une maîtrise des fondamentaux macroéconomiques, notamment en ce qui concerne la soutenabilité de la dette publique, la trajectoire budgétaire et la crédibilité de la signature souveraine du Sénégal. En réaffirmant les engagements de l’État en matière de discipline budgétaire, de mobilisation des ressources internes et de rationalisation des dépenses publiques, Cheikh Diba envoie un signal clair aux investisseurs : le Sénégal reste attaché à une gestion orthodoxe et responsable de ses finances publiques.
Sa posture face au Financial Times n’est pas anodine. Elle traduit une volonté de corriger certaines perceptions parfois biaisées ou incomplètes sur la situation économique du pays. Dans un environnement où les agences de notation et les médias financiers influencent fortement les flux de capitaux, cette capacité à défendre, expliquer et contextualiser les choix économiques est essentielle. Elle participe directement à la préservation de la crédibilité financière de l’État et à la maîtrise du coût de l’endettement sur les marchés internationaux.
Mais au-delà de la technicité du propos, c’est surtout la dimension communicationnelle qui mérite d’être saluée. Le choix assumé de s’exprimer en wolof constitue une rupture significative avec les pratiques habituelles de l’administration économique. Il s’agit d’un acte de démocratisation de l’information économique. En rendant accessibles des notions telles que le déficit budgétaire, la dette publique, ou encore les arbitrages fiscaux, le ministre contribue à renforcer l’appropriation citoyenne des politiques publiques.
Cette approche est d’autant plus pertinente que la compréhension des enjeux budgétaires par les populations est un levier fondamental de gouvernance. Une politique économique, aussi pertinente soit-elle sur le plan technique, ne peut produire ses effets que si elle est comprise, acceptée et relayée par les citoyens. En cela, Cheikh Diba adopte une démarche pédagogique qui rapproche l’État des contribuables et renforce la transparence de l’action publique.
Par ailleurs, cette capacité à vulgariser sans dénaturer la complexité des sujets témoigne d’un équilibre rare entre expertise technique et intelligence sociale. Elle permet de combler le fossé souvent observé entre les décideurs publics et la majorité non francophone. Dans un pays où le wolof demeure la langue la plus largement comprise, cette stratégie de communication apparaît non seulement pertinente, mais nécessaire.
En définitive, à travers cette intervention, Cheikh Diba s’impose comme un acteur clé de la consolidation de la gouvernance économique du Sénégal. Il ne se contente pas de gérer les finances publiques ; il les explique, les justifie et les inscrit dans une logique de transparence et de responsabilité. Dans un contexte de défis économiques multiples — pression sur les finances publiques, attentes sociales croissantes, exigences des partenaires internationaux —, cette double compétence technique et communicationnelle fait de lui, incontestablement, l’homme qu’il faut à la place qu’il occupe.
Merci Baye Cheikh pour cette hauteur de vue, cette rigueur et cet engagement à parler au peuple dans une langue qu’il comprend
Dr Cheikhabdou Lahad MBACKE
Docteur en politiques publiques et en macroéconomie appliquée Spécialiste en négociation et gestion des conflits
Mbacke23@gmail.com
Cheikh.mbacke@mcg.sn
