Saint-Louis, 10 Oct (SL-INFO) – L’encombrement urbain, l’insalubrité, l’occupation illégale de l’espace public et les inondations, tels sont des difficultés auxquelles sont confrontées de nombreuses villes sénégalaises. Pour faire face à ces défis quotidiens, le nouveau régime a lancé l’opération «Sétal Sunu Réew ». Une initiative « d’investissement humain, communautaire, allant dans le sens d’anticiper les inondations ». Après 5 journées lancées (le 1er Juin , le 6 juillet, le 4 août, 7 septembre et en fin le 5 octobre 2024) dont la dernière opération était destinée aux nettoyages des écoles. PressAfrik a fait le tour de quelques quartiers de Dakar lundi 7 octobre 2024, pour faire le point sur l’évolution du projet. Les premiers avis recueillis font état de manque de toilettes publiques. En effet, l’indisponibilité des toilettes dans les lieux publics est devenue une préoccupation majeure d’hygiène et de salubrité dans la capitale sénégalaise. De Colobane en passant par Fass jusqu’à l’Avenue Blaise Diagne, le constat est le même : pas de toilettes dans les lieux publics. Une situation qui pousse les usagers à faire leurs besoins aux alentours des habitations ( murs, jardin public , etc…). D’où l’intérêt de s’interroger sur l’efficacité des initiatives entreprises par les nouvelles autorités?
Dakar veut enfiler la couronne de l’hygiène et de la propreté à l’instar des grandes villes européennes et africaines comme Kigali, capitale du Rwanda. C’est dans ce cadre que le ton est lancé le samedi 1er juin 2024, lors de la première journée de l’opération « Sétal Sunu Rew ». Bon nombre de Sénégalais sont sortis dans la rue, mobilisant tout un lot de matériel, brouettes, pelles, râteaux, brosses, balaies ect… Au coin de chaque rue se tient un groupuscule de patriotes déterminés à mener un combat âpre contre l’insalubrité qui sévit dans nos rues et ruelles malgré l’extrême chaleur qui se dégage.
Au rond-point Colobane (Dakar), un tout autre environnement campe le décor. Le lieu n’a rien perdu de ses habitudes, toujours grouillant de monde avec des mouvements de voitures incessants. Les commerçants sont au cœur de leurs négoces, chacun aiguisant ses astuces pour attirer les clients. Au niveau du garage où sont parquées les traditionnels cars « Ndiaga Ndiaye », les sachets plastiques déambulent de partout. Pire encore, l’état piteux des toilettes, Jonchées de sachets plastiques et de tasses à jeter contraste avec les objectifs du fameux « clean Day » projeté par nos autorités.
Immunisé malgré les mauvaises odeurs
Dans ses toilettes construites en blocs où l’on se tient à peine debout, une odeur nauséabonde se dégage et irrite les narines. N’empêche, les fréquentations des usagers se multiplient malgré ce décor moins reluisant. Modou Mbaye utilise ses installations. Sachet d’eau à la main, il s’apprête à se soulager. Mais pour ce jeune homme, il est immunisé malgré les mauvaises odeurs. « Ce sont les autorités municipales qui doivent vraiment assurer l’entretien du site, car nous payons tous les jours des redevances », avance le jeune apprenti chauffeur. Il poursuit « Dès fois, tu es dans une situation pressante pour te soulager et c’est la queue dans les toilettes normées, en plus il faut payer », explique Modou Mbaye.
A côté de celles-ci, se trouvent à quelques minutes de marche, des chiottes, un peu mieux confortables avec un jeune garçon, du nom de Mamadou Diallo, chargé de veiller à la salubrité du site. Ce dernier ne fait pas cependant dans le bénévolat, les utilisateurs payent 50 francs CFA pour se soulager ou prendre le bain. La fréquence de nettoyage des toilettes fait toutefois défaut.
Le conservateur du site confie que le lavage des toilettes se fait une fois à la fin de la journée. Cependant, le jeune homme relativise : « Il arrive parfois que des utilisateurs, attirent mon attention sur l’état piteux des toilettes et je les nettoie pour que les usagers puissent les réutiliser ». Pour Mamadou, un usager et commerçant de son état, ces toilettes publiques sont plus commodes, malgré l’état douteux de l’hygiène.
Chacun se débrouille pour satisfaire ses besoins naturels
Si les usagers et vendeurs de Colobane ont de la chance d’avoir des toilettes publiques malgré les normes d’hygiène décriées, ceux qui occupent les deux voies de la commune de Fass allant vers le rond-point Sham peuvent bien rêver. Dans ces allées très fréquentées par les commerçants en majorité, chacun se débrouille pour satisfaire ses besoins naturels. Formant un groupe autour du thé, des hommes et femmes, tous des commerçants, sont en moment de détentes.
Bara Sarr, tête chauve, égrenant son chapelet exprime son désarroi sur la situation de l’indisponibilité des toilettes. « C’est une difficulté quotidienne pour nous de nous soulager. Je surveille mon alimentation, si je commande à manger, j’évite de mettre des condiments comme du piment », développe-t-il. Le commerçant raconte qu’un jour, il a dû se payer un taxi pour rallier son logement à la Cité Port à cause d’une diarrhée. « Ici à Sham, il y’a pas de toilettes publiques. Il faut aller jusqu’à Angle Goumba pour en trouver », s’alarme-t-il.
Juste à côté de l’installation de Bara, se trouvent deux filles voilées, vendeuses de puces de téléphones qui ont préféré garder l’anonymat. Contrairement à Bara, elles se débrouillent à satisfaire leurs besoins naturels non loin de leur lieu travail. « Nous avons des connaissances dans le coin. A chaque fois que nous ressentons le besoin, nous allons dans leurs maisons », soutiennent-t-elles.
Les femmes ont besoin d’une intimité pour faire leurs toilettes
Sur l’Avenue Blaise Diagne, au rythme des vrombissements des voitures, des allers retours incessants des passants, c’est le lieu de vente de Sofiétou Aïdara, de teint clair en mode Wax. Une glacière remplie de sachets d’eau fraîche entre les mains, elle exerce dans cette zone depuis 2015. « Nous éprouvons d’énormes difficultés. Dès fois, je fais la queue sur ce fast-food pour faire mes besoins naturels», déplore-t-elle. Mme Aïdara, parlant au nom des femmes qui travaillent dans le coin, invite les pouvoirs publics à installer des toilettes qui respecteront les mesures d’hygiènes. « Il y’a des femmes qui peuvent voir leurs règles à n’importe quel moment, elles ont besoin d’une intimité pour faire leurs toilettes », argumente –t-elle.
Cap sur Rebeuss, quartier populeux du centre-ville dakaroise, ici, sont établis de nombreuses garages mécaniciens. Et pourtant à côté de là, se trouve le palais de justice de la ville capitale du Sénégal. Malgré cette emblème de marque, les tâches noirâtres des urines collent au mur. L’odeur fétiche des urines a fini par sonner la révolte des habitants et travailleurs du coin.
Pape Guèye est laveur de voiture, il s’offusque contre l’état des mûrs qui reçoivent sans cesse des urines des usagers du tribunal. C’est pourquoi, ces jeunes s’organisent à nettoyer les lieux et à embellir avec de la peinture malgré la résistance des tâches d’urines sur les murs. A la tête de ce combat, Ismaëla Ndiaye habitant de Rebeuss. « Tu vois partout j’ai marqué « interdit d’uriner sous peine de 6000 Francs d’amende », mais malgré tout, il y a des récalcitrants », raconte Ismaëla Ndiaye. Le jeune habitant exprime ses regrets sur l’absence de toilettes mobiles pour que les usagers, en particulier ceux du service public de la justice puissent se soulager paisiblement. A ce titre le jeune homme interpelle les décideurs publics à réagir afin d’installer des toilettes publics modernes et praticables.
En attendant une prise en main réelle de cette problématique par les décideurs publics, les dakarois continuent de prendre leur mal en patience pour acquérir davantage de toilettes publics.
