Dakar , 04 mars (SL-INFO) – En l’espace de 3 heures, le fondateur du Think-tank Africajom Center, Alioune Tine, et le directeur de la Communication au ministère dirigé par Alioune Sall, Habibou Dia, se sont confrontés sur les réseaux sociaux à deux reprises.
Tout est parti d’un post de Alioune Tine, reprenant une vidéo de l’opposant Thierno Alassane Sall, pour fustiger la création du Conseil national de Régulation des Médias (CNRM) en lieu et place du CNRA. « On n’a pas fait la Révolution pour revenir en arrière sur les libertés fondamentales dont la liberté d’expression. Revenir en arrière en verrouillant l’espace civique ou en le restreignant, cela ne s’appelle pas révolution mais involution ou régression (…) Un bon gouvernement respectueux de la démocratie de l’exercice du pouvoir, consulte, dialogue et agit dans le cadre d’une démocratie des palabres, une démocratie délibérative, participative et substantielle », écrit notamment le membre de la société civile.
Un postulat pas du tout partagé par Habibou Dia, qui le lui a fait savoir sur X. « Décidément doyen Tine vous m’étonnez aujourd’hui. A combien de rencontres et concertation avez-vous été vous même invité sans jamais venir ? Justement n’aviez vous pas été convié pour les travaux de rédaction de la loi ? Je me souviens même d’une invitation à une rencontre que vous n’aviez pas pu honorer en raison de travaux que vous teniez à l’hôtel Noom. Votre publication ne reflète pas la réalité des larges concertations et du processus inclusif de rédaction et vu votre « réputation » votre publication risque de tromper beaucoup de monde car vous reprenez juste la publication d’un acteur politique qui peut être a d’autres préoccupations », lui reproche le directeur de la comm’ au ministère de la Communication, des Télécommunications et du Numérique.
Une heure plus tard, les deux hommes affichent de nouveau leur désaccord, sur un sujet bien différent. Il s’agit cette fois-ci de la décision du ministère de Alioune Sall de lancer l’édition en arabe de deux journaux pour faciliter l’inclusion des arabophones.
Sur le réseau social X, Alioune Tine a jugé qu’une édition dans nos langues nationales aurait dû primer sur l’arabe. « La version wolof , peule , serere ou joola était prioritaire », écrit Alioune Tine. « Avec quel alphabet écrire avec ces langues ? Si elles sont autant prioritaires alors ne publions plus rien en français et attendons de codifier nos langues nationales et d’en enseigner la lecture et l’écriture. Il faut respecter les arabophones du Sénégal et familles religieuses dont c’est la langue de travail comme on respecte les francophones. », lui répond Habibou Dia.
La passe d’arme ne s’arrête pas là, puisque Alioune Tine va revenir à la charge. « Nos langues sont codifiées, il faut aller au département de linguistique.(…) On écrit le wolof et le peul depuis plusieurs siècles avec les caractères arabes dits alphabet ajami. Si l’on veut faire de la souveraineté l’axe central du développement humain et civilisationnel du Sénégal et de l’Afrique cela doit passer par les langues africaines », ajoute-t-il.
Finalement, les deux hommes terminent leur échange en bons amis, puisque Habibou Dia s’est montré ouvert à la proposition du « Doyen ». « Votre postulat est très clair et j’y adhère totalement. Ma seule préoccupation était liée au fait de remettre en question l’inclusion des arabophones et l’importance de cette langue. Pour la codification également personnellement je penche pour le « Ajami » qui a été utilisé pendant des siècles et continue de l’être. Mais dans l’absolu je suis prêt et disposé à appuyer et accompagner l’inclusion de nos langues nationales pour la diffusion d’une presse écrite qui nous ressemble plus. Nous pourrons porter une réflexion ensemble sur la question », affirme le directeur de la communication.






