Dakar, 07 avril(SL-INFO)- Ce 17 Mars 2026 fera date dans l’histoire de la jeune nation sénégalaise. L’onde de choc à l’échelle planétaire engendrée par la dépossession du Sénégal de sa deuxième étoile, arrachée de haute lutte ce 18 Janvier 2026 à Rabat lors de la finale de la Coupe d’Afrique des Nations de football au profit de son adversaire déchu voire humilié sur son propre terrain, dépasse le cadre sportif trop limité des instances juridiques de la CAF.
Contrairement à bon nombre d’approches sur cette forfaiture, le lecteur est averti. Il doit se le tenir pour dit. Cette modeste contribution ne s’alarme pas outre mesure. Elle veut prendre place sur un versant tout autre.
En s’efforçant de montrer que ce verdict ne doit plus être appréhendé telle cette foudre fracassant le ciel et frappant de plein fouet le peuple sénégalais, notamment sa composante la plus vulnérable ; s’entend sa jeunesse cette fois conquérante, entreprenante mais fort heureusement dépourvue d’armes et de représentativité en col blanc au sein des chambres obscures où se monnaient de tortueuses surenchères peu licites.
Ce grand braquage au triste soir du 17 mars 2026, perçu comme l’injustice la plus inique dans les annales du sport mondial toutes disciplines confondues, est à l’opposé désormais conçu, par cette page, tel un fond minier germant de notre sous-sol et se muant en un socle de bienfaits ; ce terreau fertile faisant éclore, entre les citoyens sénégalais, une abondante moisson de solides liens régénérateurs de solidarité, d’entraide ; bref une consolidation affectueuse et effective de notre commune volonté de vie commune. Ce nouveau dispositif à la saveur divine préfigure une émergence réelle d’une mentalité collective agissante, résolument décidée à tourner la page de la défaite vers le Sénégal qui gagne dans tous les secteurs.
Notre peuple, par ce cri de cœur, aspire, se faisant, en demeurant l’unique champion d’Afrique de football du moment, à rester cette seule et indivisible nation triomphante ; avec comme seule autre alternative contre-productive à conjurer le risque de périr, de tout perdre, comme tentent d’y parvenir éhontément le forceps nébuleux orchestré par les Marocains et leurs affidés. Les décideurs d’ici et d’ailleurs sont prévenus.
I. L’injustice, le socle d’émergence des grandes nations
Le sentiment national, récurrent dans l’histoire, d’avoir été puni injustement par la nature, l’histoire, la diplomatie, l’armée du plus fort ou par tout autre arbitraire a souvent fait naître l’assentiment général d’œuvrer dorénavant sans cesse à transcender les différences et divergences internes, ainsi que de relever le défi assignant à faire face à l’autre.
La nation ainsi née sur le papier apprend et s’efforce à se tenir debout. En réalité, la nation n’existe que dans son rapport à l’autre. Que parce qu’elle doit de prime abord faire face à l’autre d’abord, puis à elle-même ensuite. Aucune grande nation ne s’est bâtie, dans sa phase embryonnaire, par rapport à elle-même. Toujours face à l’autre d’abord ; secondairement arrive l’affirmation de soi, autour de soi ; et dans cet éternel recommencement, à l’assaut des défis futurs à relever.
Il est de bon ton de souligner dans la construction de ce propos que toute souveraineté, pilier identitaire de la notion de nation, s’exerce vis-à-vis de l’autre. Et, mieux encore, la souveraineté semble être le stade ultime de l’affirmation de toute nation, alors dans la plénitude de son apogée.
Le passé de l’émergence des grandes nations se confond, presque toujours, avec celui d’un coup de pouce venant de l’extérieur. Le sort qui semble s’acharner à ses débuts sur des populations données finit par être salvateur en réalisant ce qui n’était pas à la portée de leurs gouvernants. Ces derniers finissent par s’agripper à cette bouée de sauvetage en s’arrogeant déloyalement les acquis à venir, résultant en vérité du consensus populaire, toujours le mieux porteur de lendemains qui chantent. N’est-ce pas l’actuelle première nation de notre monde, les États-Unis, qui a vu, à ses origines, les pères fondateurs des treize colonies anglaises d’Amérique du Nord refuser l’injustice de vassalisation de la couronne britannique ? La guerre d’indépendance, remportée en 1776, voit s’enclencher l’embellie fulgurante d’un grand pays dont les progrès dans tous les domaines ne cessent de nous émerveiller jusqu’à cet instant précis qui le voit tutoyer encore de près Dame Lune, située à près de quatre cent mille kilomètres de notre planète Terre.
Les cas d’école sur l’injustice extérieure comme déclic d’une prise de conscience collective d’un peuple sont légion dans les relations internationales d’hier à aujourd’hui.
Le propos n’est nullement aérien dans le contexte sénégalais. Notre pays regorge de toutes les ressources permettant d’entrevoir l’amorce d’un développement digne de ce nom, qui se fait toutefois encore désirer. Et même les hydrocarbures, qui semblaient être le chaînon manquant de notre très étoffée palette de richesses naturelles, semblent dorénavant être au rendez-vous.
Mais apparemment, le déclic est attendu sur un autre registre immatériel, celui-là très en phase avec le précieux atout de développement du Sénégal ; à rechercher en définitive dans ce que nous appelons son atout de développement socioculturel, le ressort principal lui ayant déjà valu beaucoup de satisfactions.
Que dire aussi d’une autre injustice, celle-là japonaise, s’exerçant sur le grand voisin, l’empire du Milieu ; un géant aux pieds d’argile, vociférant et gémissant de toute part à cause de la présence de plusieurs puissances étrangères dépecant et pillant les innombrables ressources du gigantesque territoire chinois aux ressources illimitées. Voulant dénoncer cette injustice, Napoléon Bonaparte aurait lancé cet avertissement prémonitoire : « Lorsque la Chine se réveillera, le monde tremblera. »
Une dernière illustration mettant en exergue l’injustice de la politique étrangère néocoloniale française a fait du Rwanda ce qu’il est devenu de nos jours dans le concert des nations de l’ancien continent ; en d’autres termes la puissance africaine montante des années 2000. Alors qu’un tel État a subi le génocide le plus abominable de l’Afrique indépendante — entre huit cents mille et un million de Tutsis et de Hutus modérés massacrés par leurs bourreaux Hutus avec la complicité du Quai d’Orsay — une telle injustice reconnue et endossée plus tard par Paris n’a fait paradoxalement que mettre Kigali en orbite, citée aujourd’hui comme l’une des vitrines du développement en Afrique noire.
II. L’injustice de la forfaiture marocaine et l’émergence d’une conscience collective nationale
Il ne s’agit plus d’une question strictement sportive. Parce que les Marocains ont voulu aller au-delà, nous remettre à notre place, une telle injustice s’est muée en un douloureux scandale politico-diplomatique chariant de fâcheuses ramifications économiques, culturelles et géostratégiques.
Cette injustice, aux antipodes du deuil national tant espéré par les extorqueurs, contribue largement à irriguer l’émergence d’une conscience citoyenne, civique et patriotique, d’une portée largement plus impactante que les classiques rituels de mobilisation populaire inscrits dans l’agenda républicain, nécessitant périodiquement la convocation d’énormes ressources pour, in fine, des résultats très mitigés.
L’injustice essuyée par les peuples a été le socle béni ayant fini de propulser plusieurs d’entre eux au devant de la scène. Elle enrôle la quasi-totalité des composantes de la société dans un commun élan de complicité, complémentarité et solidarité, à travers une souffrance interne indicible allégeant et diluant de fait toutes les disparités socio-économiques, politiques et régionales ; finissant par enrôler les forces vives dans ce sentiment d’appartenance à un même destin.
L’injustice, telle que subie par l’ensemble de notre nation à une échelle étatique, endurée douloureusement par toutes et tous de surcroît sous la forme indescriptible d’un fort ressenti populaire ne se justifiant que par l’injustifiable, parce qu’édictée simplement par un plus fort réussit là où gît bon nombre de vœux pieux : discours dithyrambiques, témoignages laudateurs sur des grandes figures du passé, divers hommages rendus à des martyrs, ainsi que d’autres initiatives concourant toutes à raviver l’ardeur de notre légendaire patriotisme.
L’archétype de cette forfaiture sportive n’est pas finalement destitution. Elle est restitution de ce qu’un peuple possède de plus cher, sommeillant en lui depuis la nuit des temps et, par le truchement d’une telle opportunité fût-elle malheureuse ou malveillante, va finir par se régénérer, mûrir à l’interne, puis jaillir en surface et enfin s’exprimer héroïquement à travers les générations émergentes, la transmettant dans le temps comme legs à leurs successeurs.
Cette extorsion de notre dû doré, la violence de la procédure, l’iniquité de l’intention manifeste d’humilier, les allusions à notre statut de pays culturellement vassal, l’inélégance de la détention en otage des dix-huit jeunes supporters, ainsi que globalement toutes les péripéties dégradantes emblavant cette grotesque injustice, sont en train de produire des retombées imprévisibles et heureuses.
Un peuple, dépassant le cadre juridique dans lequel le législateur agissant sur ordre du politique tente de le confiner, se construit dans le temps et la longue durée ; et gare aux impatients !
Lentement mais sûrement, une nouvelle mentalité sénégalaise de l’impérieuse nécessité d’exister, de demeurer, prend place dans notre subconscient. Elle veut, par sa jeunesse, bousculer l’ordre établi. Tout un chacun réalise que les véritables défis sont ailleurs. Les enjeux en question ne sont plus sportifs. Ils sont dans notre statut de rang inférieur ; nous, éternels damnés de la terre. Nos enfants se voient rappeler que ceux qui ont osé commettre un tel forfait — les Marocains — se prélassent de leur hiérarchie tutorielle de supériorité économique, culturelle, diplomatique, etc.
Notre jeunesse a fini par décrypter l’univocité du message que les extorqueurs ont envoyé au peuple sénégalais, et qui est le suivant : votre pays le Sénégal et le nôtre le Maroc ne sont pas d’égale dignité au banquet des nations. Laissez le plus lourd, le plus digne, passer devant vous. Ne commettez pas un crime de lèse-majesté, au figuré et au propre.
Le peuple sénégalais a fini de réaliser que le délibéré que le TAS (Tribunal Arbitral du Sport), saisi par voie de recours, va bientôt prononcer ne changera absolument rien de la douche froide déjà reçue. La seule leçon à retenir à l’avenir consiste individuellement à exorciser définitivement le sort en récusant dans notre quotidien l’injustice sous toutes ses formes.
Cette posture, ayant pour autres noms la probité et l’éthique, se retrouve aussi sous le vocable de la bonne gouvernance à travers ses différentes variantes. Cette dernière est, chemin faisant, le ciment du principe sacrosaint de l’égalité, piédestal sur lequel trône toute nation digne de ce nom.
La seule issue pour renvoyer l’ascenseur consiste résolument à renoncer à toute forme d’injustice érigée en règle comportementale dans notre société, afin de récuser le schéma d’en face. Les nouvelles générations se battent pour transformer le visage de leur patrie et conquérir une dignité qui s’éloigne depuis des décennies.
Notre équipe nationale de football, par laquelle a jailli l’étincelle, demeure le meilleur symbole de notre nation, qui incarne à merveille cette diversité et intégration réussie du socioculturel sénégalais.
La nouvelle mentalité repose sur l’apparition d’un nouveau citoyen amoureux de sa patrie et exempt de reproches dans les actes qu’il pose quotidiennement, tendant sans sourciller vers ce civis supra suspicionem, ou encore le citoyen moralement irréprochable, vir probus. Le soubassement socioculturel de notre peuple, déjà à l’origine de plusieurs acquis reconnus par le reste du monde à travers l’exemplarité du pays de la teranga, la stabilité, la tolérance, la confraternité religieuse et confessionnelle, les alternances politiques exemplaires, etc., autorise tous les espoirs.
Cette équipe arc-en-ciel victorieuse l’est assurément de par sa diversité ethnique, culturelle, binationale, confessionnelle, socioculturelle, etc. L’exception sénégalaise le Senegalese touch n’est plus un slogan. Et le onze national du ballon rond le déclame en acte concret sur tous les gazons verts, normés FIFA, des différents continents.
Conclusion
Il a opéré les ruptures qui s’imposaient à lui et dans tous les domaines. Ses principaux ressorts l’ont amené à s’affirmer sur les plans économique, politique, sportif, culturel, cultuel, etc. Le peuple sénégalais reste très entreprenant en économie. En politique, il a été à l’origine des alternances réussies au sommet de l’État en 2000, 2012 et 2024, et reste sur le qui-vive pour les prochaines échéances électorales. Il a exhibé une autre prouesse de taille : aucune chefferie religieuse ne peut entacher, par des propos maladroits ou des prises de position clivantes, la fraternité confessionnelle interne.
En interrogeant le passé, la géographie, l’histoire des migrations internes et externes, le brassage culturel et religieux, la forte tradition intellectuelle de ce peuple, etc., il devient loisible de comprendre qu’une telle déconvenue sportive savamment orchestrée de l’extérieur ne fera que mettre en relief le réveil de l’affirmation d’un peuple, et par lequel le sport avait servi d’exutoire. Le coup du sort ne peut nullement entraver un tel processus. A contrario, il ne fera que raviver ce sentiment national éminemment positif de relever les défis les plus herculéens.
L’argumentaire s’est évertué à montrer que ce hold-up des Marocains, en maladroite intelligence avec la CAF, non seulement le monde du sport mais la jeunesse et le peuple sénégalais en redemandent. Notre peuple a besoin d’être capacité dans ce qu’il a de plus profond et de plus véridique : son orgueil. Il n’est que secondairement quémandeur d’une assistance économique. Les économistes nous rassasient de ce postulat économique d’une implacable véracité : l’aide économique n’a jamais développé un pays tiers.
L’ultime point de chute consiste à souligner que cette odieuse injustice, consistant à nous dérober notre trophée alors que la planète toute entière avait fini de nous voir célébrés, s’avère miraculeusement être une justice, en ce sens qu’un tel séisme planétaire interpelle les élites aux commandes sur une inévitable introspection des actes posés dans leur gouvernance de tous les jours. Nos enfants ont joué leur partition. Et nous ?
Cette nouvelle résurrection de notre peuple, dans ce cadre plus englobant qu’est le redessinement des nouvelles hiérarchies, inaugure une nouvelle ère de conquête et de redistribution des rôles dans un nouveau monde de décolonisation des mentalités. Jusque-là, la décolonisation n’avait concerné que les élites et les États, de part et d’autre.
Ces nouvelles générations, porteuses de ce nouvel idéal d’un Sénégal triomphant, s’adossant à ces nouveaux leviers que l’on peut intituler les nouvelles opportunités émergentes, ne subissent plus de complexe, ne s’embarrassent plus de fioritures, ne butent plus sur des blocages psychoaffectifs d’un autre âge contrairement à nous, leurs aînés.
En définitive, nous disons que l’oxymore d’une forfaiture heureuse se veut une approche singulière, un essai à documenter davantage. Une telle interrogation interpelle la nation sénégalaise au premier chef. Le domaine du sport n’a été que le fil conducteur par lequel s’exprime le déclic, continuant de se déployer à travers un processus irréversible plus facile à accompagner qu’à contrecarrer. Il s’agit d’un phénomène massif de la part d’un peuple aguerri, silencieux mais résolu à en découdre. Il a pris son destin en main. Et rien ne lui tient tête. Les Marocains l’ont appris à leurs dépens.
Nous le peuple — We the People — désigne certes l’entièreté de la population sénégalaise. Mais le « nous » fait ici la part belle à cette nouvelle génération montante depuis les années 2000. Elle interpelle en premier lieu les nouvelles familles d’acteurs du développement ; ces nouvelles forces vives, cheville ouvrière, de cet heureux point de bascule nous projetant vers d’autres cieux.
Tout compte fait, la sentence est tombée : les mutations décisives de ce pays n’émaneront pas de nous, has been, générations d’hier. Notre temps est révolu. Cédons l’échiquier à la brillante relève. Elle est en train de faire le job à notre place, comme elle l’a fait à Tanger, à Rabat et ailleurs ; vue aux quatre coins du globe en mondovision, rendant indéboulonnables les nouvelles performances gravées en lettres d’or indélébiles que rien ni personne ne pourra plus altérer. À bon entendeur.
