Dakar, 11 fév (SL-INFO) – En tant que femmes, le « devoir de colère » nous habite.

En tant que Sénégalaise, en plus de ce devoir de colère, l’indignation !

En tant qu’enseignante-chercheure, des illusions perdues.

Un étudiant perd la vie. Abdoulaye Ba. 20 ans. Encore. Un avenir brisé. Une famille inconsolable et le ballet bien minuté pour désigner un bouc émissaire. Une pièce pathétique d’une comédie dramatique qui se joue sous chaque régime politique, un vrai navet.

Comment refuser l’impuissance face à cette litanie funèbre ? Porter la plume dans la plaie pour exprimer une colère massive et profonde. Car, en parlant à mes étudiant.e.s, tétanisé.e.s par la peur et brisé.e.s par la douleur, j’ai eu la rage jusqu’à la nausée. Des histoires révoltantes de violence et d’intimidation.

Nous connaissons tous la valeur sociale d’une bourse aussi modique soit-elle ?

Rien ne justifie cette violence inutile et gratuite. Si ce n’est la garantie d’une impunité dont jouissent les auteurs de violence. Ils se sentent légitimes à la perpétuer. Donc, rien d’étonnant que cette dérive s’accompagne de mort d’homme. La force, l’arrogance et le mépris ne gagnent jamais.

L’indifférence collective, ce poison social dont les effets se diffusent dans notre société assise sur un mirage, voire un socle commun fissuré. Vendredi, après-midi, en rentrant à pieds, s’offrait à mes yeux une scène traumatisante. Une femme d’un certain âge est tombée dans le canal de la corniche à côté l’AUF. Une heure à attendre des secours. Samu, pompiers, nada !

Assistée par des passants, elle était « en détresse respiratoire avec de violents spasmes », selon une étudiante en médecine vétérinaire qui avait fait demi-tour avec son scooter pour prêter main forte, contrairement aux automobilistes regardant le déroulé du film en figurants. Étrangement, toutes les ambulances des cliniques contactées étaient en panne. N’eût été une voiture de la gendarmerie revenant du palais, elle n’aurait pu être évacuée.

En faisant le suivi le lendemain matin, la réceptionniste de la clinique où était admise la dame m’informe qu’elle avait quitté les lieux après les premiers soins. Ses besoins médicaux ne correspondaient pas à leur domaine de compétence : « n’étant pas bien dans sa tête ». Néanmoins, un montant lui a été remis pour payer son transport et se rendre à l’hôpital psychiatrique de Fann. Quel suivi : était-elle capable de s’y rendre ? Était-elle partie ? Comment savoir ? En tout cas, bon débarras.

Cette froideur mécanique dévoile une forme de déshumanisation mettant en lumière l’écart de l’état de santé social entre la frange la plus aisée et les plus modestes, souvent, sans prise en charge médicale et enlisés jusqu’au coup dans la précarité. Leur statut détermine leur prise en charge qui pèse sur le parcours de soins administrés.

Avec l’effritement de notre humanité, l’empathie est devenue une denrée rare. Au-delà de l’indignation conjoncturelle, on détourne les yeux. On bouche les oreilles. On roule vers le néant, en sus d’être abîmés par toute la théâtralisation de la violence oppressive, sociale, politique, financière et sanitaire. En somme, sinistre illustration d’une société qui se dévore elle-même.

Par Fatoumata Bernadette SONKO

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