Dakar , 27 fév (SL-INFO) – Le Ramadan est souvent présenté comme un mois de partage, de ferveur, de solidarité et de retrouvailles familiales autour du « ndogou ». Mais pour de nombreux musulmans vivant loin de leur terre natale, cette période se vit dans un tout autre décor. En Europe comme au Sénégal, loin de leurs racines, certains fidèles composent avec la distance, l’absence et la nostalgie.
Le défi du quotidien en terre étrangère
Arrivé en France pour ses études il y a plus de quarante ans, Ousmane Sow, d’origine sénégalaise et installé au Havre, n’a jamais quitté l’Hexagone. Investi dans la vie associative, puis engagé en politique aussi bien sénégalaise que française grâce à sa double nationalité, il a construit sa vie loin de son pays d’origine. Pourtant, chaque Ramadan ravive une réalité bien concrète : celle d’un jeûne vécu sans l’ambiance familiale du pays.
« Le midi est le moment le plus difficile », confie-t-il. Entre le travail et la fatigue, les heures paraissent longues. La rupture du jeûne, autrefois moment de convivialité, devient parfois un exercice solitaire : « On est obligé de tout préparer soi-même ». Même lorsqu’on partage le même toit, les rythmes de vie peuvent accentuer l’isolement. Sa fille aînée vit chez lui, mais leurs horaires ne coïncident presque pas. Le Ramadan, dans ces conditions, se vit dans la discrétion et l’endurance.
L’organisation, nouveau défi du mois sacré
En Allemagne, où elle vit depuis 2020, Fatou Mbaye Ba en est à son sixième Ramadan loin de Dakar. Partie rejoindre son mari, elle affirme que le jeûne n’est pas le plus éprouvant. Le véritable défi réside dans l’organisation. Concilier le travail, les tâches quotidiennes et la préparation du repas demande une rigueur constante. En semaine, l’iftar se fait souvent seul ; les repas en famille sont réservés aux week-ends. Le rythme européen, moins centré sur la vie communautaire, change profondément la manière de vivre le mois béni. Le temps manque, l’ambiance aussi.
La nostalgie des saveurs et des traditions
Au-delà des contraintes matérielles, c’est surtout le manque affectif qui marque ces parcours. Le ndogou au Sénégal, les grandes tablées, les voisins qui partagent le repas et les odeurs de cuisine à l’approche du maghrib restent des souvenirs vivaces. Fatou Mbaye confie penser à son père décédé au moment de la rupture.
De son côté, une étudiante comorienne installée au Sénégal depuis trois ans vit également le Ramadan loin de son pays d’origine. Si la ferveur religieuse est présente, certaines spécificités culturelles lui manquent : « Ce sont surtout des plats comoriens », explique-t-elle. Les recettes traditionnelles et les saveurs de l’enfance restent irremplaçables. Pour maintenir le lien, elle recrée parfois ces spécialités dans sa cuisine sénégalaise.
Malgré la distance, aucun ne remet en cause l’essentiel. Le Ramadan demeure un pilier, un moment de recentrage spirituel et de patience. Qu’ils soient en France, en Allemagne ou au Sénégal, ces fidèles partagent la même foi. La distance rend parfois la rupture plus silencieuse et les souvenirs plus présents, mais elle renforce aussi la résilience. Car au-delà des frontières, le Ramadan reste un lien invisible qui unit les cœurs.
