Dakar, 04 mars (SL-INFO) – Le paysage médiatique sénégalais aborde une mutation institutionnelle majeure avec le passage du Conseil National de Régulation de l’Audiovisuel (CNRA) au Conseil National de Régulation des Médias (CNRM). Présentée comme une adaptation nécessaire à l’ère numérique, cette réforme modifie en profondeur l’architecture et l’étendue de la régulation de l’information dans le pays.
Une analyse détaillée publiée par le journal Sud Quotidien met en lumière les implications concrètes de ce changement d’échelle. Alors que le CNRA se concentrait sur le secteur audiovisuel, veillant à l’équilibre des temps d’antenne et au respect des cahiers des charges des chaînes et radios, le CNRM embrasse désormais l’ensemble de l’écosystème de l’information. Son périmètre intègre la presse écrite, les sites d’information, les créateurs de contenus, mais également les infrastructures techniques.
La nouvelle autorité dispose d’un pouvoir d’action direct sur les fournisseurs d’accès à internet, les hébergeurs et les moteurs de recherche. Elle peut ainsi ordonner le blocage d’un contenu, exiger un déréférencement ou faire cesser une diffusion par les opérateurs techniques.
La structure dirigeante de l’institution subit également une refonte. Le mandat à la tête du CNRA était fixé à six ans, non renouvelable et non révocable. Le CNRM instaure un mandat réduit à trois ans, renouvelable une fois. Le quotidien souligne que cette nouvelle temporalité, impliquant une possible reconduction, modifie le cadre d’indépendance de la fonction.
Sur le plan coercitif, le régime des sanctions évolue. Les amendes peuvent désormais être calculées proportionnellement au chiffre d’affaires des acteurs sanctionnés. De plus, les décisions du CNRM sont exécutoires dès leur notification, les recours juridictionnels n’étant pas suspensifs. L’autorité de régulation a la capacité d’appliquer des mesures conservatoires dans l’urgence, sans mise en demeure préalable, permettant de suspendre la parution d’un journal ou l’accès à un site avant la tenue d’un débat contradictoire.
L’analyse de Sud Quotidien relève qu’une autre disposition oblige les médias à insérer des communiqués dont les termes sont dictés par l’autorité. Face à l’étendue de ces nouveaux leviers économiques et techniques, le risque d’une autocensure préventive au sein des rédactions est identifié comme l’un des enjeux majeurs de cette transition institutionnelle.
