Dakar, 06 mars (SL-INFO) – Le séisme politique que beaucoup redoutaient est désormais une réalité palpable. Dans un paysage institutionnel fragilisé par une crise de la dette sans précédent et la volatilité des cours du pétrole, le sommet de l’État sénégalais se fissure publiquement. Les récentes déclarations du Premier ministre Ousmane Sonko marquent un tournant historique : la rupture est actée, et le divorce entre les deux architectes de l’alternance de 2024 semble irréversible.

Une cohabitation de fait et des manœuvres de coulisses

L’usage du terme « cohabitation » par le chef du gouvernement n’a rien d’anecdotique. Ousmane Sonko redéfinit brutalement ses rapports avec le Palais de l’Avenue Léopold Sédar Senghor. Fort de son parti, le PASTEF, majoritaire à l’Assemblée nationale, le Premier ministre dispose des leviers pour imposer une cohabitation « ardue » au chef de l’État.

Dans ce climat de méfiance, la réception officielle des députés et des coordonnateurs nationaux du PASTEF par Bassirou Diomaye Faye a servi de révélateur. Si cette rencontre a eu lieu avec l’onction d’Ousmane Sonko, ce dernier a néanmoins émis des réserves lors de son « waxtaan » (échanges) du dimanche 1er mars 2026. Il a notamment déploré le choix du lieu : le Palais de la République. Ce malaise symbolique a poussé certains députés au boycott, estimant que le président Faye ne disposait pas de la légitimité partisane pour les convoquer en ce lieu. Cette tentative de dialogue direct témoigne d’une volonté présidentielle de se forger une stature autonome, alors qu’il laisse transparaître son intention de briguer un second mandat en 2029.

2029 : L’offensive frontale d’Ousmane Sonko

Le Premier ministre a levé toute ambiguïté sur ses ambitions. Ousmane Sonko a fermement affirmé que « rien ni personne » ne pourra l’empêcher d’être candidat en 2029. Cette déclaration sonne comme un défi lancé au Palais, mais aussi à une partie de la magistrature. En dépit de contentieux persistants avec l’appareil judiciaire, le leader du PASTEF mise sur sa puissance électorale pour forcer son destin présidentiel, quitte à engager une épreuve de force institutionnelle.

Le PASTEF face à une « Coalition Diomaye » sans ancrage

Le déséquilibre des forces reste le cœur du problème. D’un côté, le PASTEF est une machine électorale structurée qui ne considère pas la mouvance présidentielle comme une menace. Son leader a d’ailleurs enjoint ses militants à ne plus évoquer la « Coalition Diomaye » pour se concentrer sur les actions du parti.

De l’autre, Bassirou Diomaye Faye se retrouve dans une solitude partisane singulière. S’il tente de s’appuyer sur sa coalition dirigée par Aminata Touré, celle-ci souffre d’un déficit de base électorale. Dans les rangs des « patriotes », le président est désormais perçu par certains comme un traître au projet originel, accusé de privilégier sa survie politique au détriment des ruptures promises.

L’œil inquiet des marchés financiers

Cette instabilité ajoute une « prime de risque politique » au coût déjà élevé de la dette sénégalaise. Les investisseurs internationaux et le FMI observent ce duel avec méfiance. La crainte majeure est celle d’une paralysie décisionnelle : si le Président utilise ses pouvoirs pour bloquer les réformes de la Primature, le Sénégal pourrait rater le coche de sa restructuration financière. Les Eurobonds sénégalais subissent déjà une pression vendeuse.

Les armes du Président : Dissolution et nominations

Malgré son isolement, le président Faye conserve des atouts constitutionnels : l’arme de la dissolution de l’Assemblée nationale et le pouvoir discrétionnaire de nomination. En plaçant des hommes de confiance à la tête de l’administration et de la sécurité, il tente de sanctuariser son autorité face à un appareil d’État que le PASTEF cherche à contrôler.

Cette guerre froide intervient au pire moment. Le pays doit affronter le « mur » financier du 13 mars, avec 746 milliards de FCFA à rembourser. Le Sénégal entre dans une zone de turbulences où le duel pour 2029 semble primer sur les urgences économiques de la nation.

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