Dakar, 06 mars (SL-INFO) –  Près d’une semaine après le déclenchement de l’opération militaire conjointe des États-Unis et d’Israël en Iran, l’alliance des Brics n’a formulé aucune réaction officielle. Ce mutisme pour une organisation intégrant Téhéran met en lumière de profondes divergences internes, principalement liées au repositionnement stratégique de l’Inde, qui assure la présidence du bloc depuis décembre 2025.

L’opération baptisée « Epic Fury », qui a fait plus de 1 230 morts en six jours à travers le territoire iranien, n’a fait l’objet d’aucune déclaration commune de la part de l’organisation. Pourtant, individuellement, trois des cinq membres fondateurs ont condamné l’offensive. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa a dénoncé une violation du droit international et proposé sa médiation. La Russie, par la voix de Vladimir Poutine et de son ministre des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, a fustigé une agression préméditée ayant coûté la vie au guide suprême l’Ayatollah Ali Khamenei, tout en rejetant les accusations américaines sur le développement d’armes nucléaires par Téhéran. La Chine s’est également opposée aux frappes militaires, plaidant pour une désescalade.

À l’inverse, l’Inde s’est abstenue de toute condamnation directe. Le ministère indien des Affaires extérieures s’est limité à appeler à une fin rapide du conflit par la diplomatie, invoquant la sécurité des milliers de ressortissants indiens dans le Golfe. Cette posture s’explique par une série d’accords récents conclus par le Premier ministre Narendra Modi avec les deux pays à l’origine des frappes.

Les 25 et 26 février 2026, quelques jours avant le début des bombardements, Narendra Modi effectuait une visite d’État en Israël. Devant la Knesset, il a réaffirmé son soutien à Tel-Aviv, avant de signer avec Benjamin Netanyahu plusieurs accords commerciaux portant sur la défense et l’intelligence artificielle, élevant leurs relations au rang de « partenariat stratégique spécial ». L’ambassadeur israélien en Inde a d’ailleurs précisé que l’opportunité de lancer les attaques conjointes sur l’Iran ne s’était présentée qu’après le départ du dirigeant indien.

Parallèlement, New Delhi a dû gérer une crise commerciale majeure avec les États-Unis. L’administration de Donald Trump avait imposé en août 2025 des droits de douane punitifs allant jusqu’à 50 % sur les exportations indiennes, menaçant 70 % des échanges entre les deux pays, en représailles aux achats de pétrole russe par l’Inde. Un accord de dernière minute a finalement été trouvé en février : Donald Trump a accepté de réduire ces taxes à 18 % en échange de l’engagement indien à substituer le pétrole russe par des hydrocarbures américains.

Ce rapprochement avec Washington et Tel-Aviv se traduit par un retrait progressif de l’Inde des volets sécuritaires des Brics. En janvier dernier, New Delhi a boycotté les exercices militaires conjoints du bloc organisés en Afrique du Sud. Harsh Pant, analyste géopolitique interrogé par la chaîne Al Jazeera, précise que ce retrait visait explicitement à équilibrer les relations de l’Inde avec les États-Unis, face à un Donald Trump qui avait déjà menacé les pays des Brics de droits de douane supplémentaires de 10 %.

Face à cette paralysie de la présidence indienne, Pékin maintient une approche conciliante. Dong Wang, professeur d’études internationales à l’Université de Pékin, souligne que la Chine considère les différences comme normales au sein d’un cadre multilatéral diversifié et continue d’encourager le bloc à soutenir la résolution pacifique des conflits.

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