Dakar, 04 mars (SL-INFO) – Le 28 février, les bombardements conjoints d’Israël et des États-Unis sur l’Iran ont provoqué une évacuation précipitée de nombreux ressortissants étrangers. Parmi eux, des centaines d’étudiants en médecine pakistanais ont dû quitter leurs campus en urgence pour entreprendre un voyage à haut risque vers la frontière du Baloutchistan, traversant des zones directement ciblées par les attaques.
L’alerte a été donnée aux premières heures de la journée. Muhammad Raza, 23 ans, assistait des médecins à l’hôpital de l’Université des sciences médicales de Téhéran lorsqu’une forte explosion a paralysé le service. « Nous avions entendu parler d’une attaque imminente, et quand elle a frappé, une vague d’anxiété a envahi mon corps », confie-t-il à Al Jazeera depuis le bus le ramenant à Islamabad. L’ambassade du Pakistan, située à moins de deux kilomètres, a immédiatement ordonné aux étudiants de se rassembler avec leurs effets personnels essentiels.
Dans l’urgence, Muhammad Tauqeer, 24 ans, alors en stage sur le terrain, décrit des scènes de panique. Les enseignants ont intimé aux étudiants étrangers de chercher refuge auprès de leurs représentations diplomatiques. Samedi soir, cinq bus ont quitté l’enceinte de l’ambassade en direction de Zahedan.
Ce trajet de 1 500 kilomètres, d’une durée d’environ 20 heures, a traversé le centre de l’Iran. Le convoi est passé par des villes comme Yazd, Ispahan et Kerman, alors même que ces zones subissaient les frappes menées en Iran. Privés de réseau mobile pendant la quasi-totalité du parcours, les passagers sont restés isolés. « Le voyage s’est fait de nuit et nous n’avions aucune idée de ce qui allait se passer. L’autobus entier était silencieux. Tout le monde priait », relate Tauqeer.
C’est au cours de ce trajet éprouvant que le convoi a été rattrapé par les développements du conflit. Kainat Maqsood, une autre étudiante, indique avoir appris la mort du guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei, en plein voyage. Une annonce qu’elle qualifie de « profondément angoissante » pour les passagers.
Les bus ont franchi la frontière pakistanaise dimanche soir par les postes de Taftan et Gabd-Rimdan, situés dans la province du Baloutchistan. Les autorités locales, invoquant des impératifs de sécurité dans cette région instable, ont interdit tout déplacement nocturne, forçant le convoi à attendre lundi matin pour rallier Quetta après 12 heures de route supplémentaires. Selon les données officielles, près de 1 000 citoyens pakistanais, dont 400 étudiants, ont ainsi regagné leur pays en l’espace de trois jours.
Si la sécurité physique est désormais assurée, l’avenir académique de ces jeunes suscite de vives inquiétudes. L’Iran accueille environ 3 000 étudiants pakistanais. À quelques mois seulement de l’obtention de son diplôme de médecine, Muhammad Tauqeer craint de voir ses années d’efforts compromises. Muhammad Raza, à qui il reste un an de cursus, espère une accalmie pour terminer sa formation. De son côté, Kainat Maqsood exprime la volonté de retourner en Iran dès que possible, pour achever ses études et marquer sa solidarité.
