Dakar, 30 mars(SL-INFO) – Alors que les tensions militaires s’intensifient entre les États-Unis et l’Iran, une nouvelle initiative diplomatique prend forme au Pakistan. Islamabad a réuni plusieurs poids lourds régionaux pour tenter d’établir un canal de communication direct et freiner l’escalade dans la région.
Le week-end dernier, la capitale pakistanaise a accueilli les ministres des Affaires étrangères de la Turquie (Hakan Fidan), de l’Égypte (Badr Abdelatty) et de l’Arabie saoudite (Fayçal ben Farhane). Aux côtés du vice-Premier ministre pakistanais Ishaq Dar, ces officiels ont convenu de former un « Comité des Quatre ». Selon les informations relayées par Al Jazeera, l’objectif est de structurer un processus de paix, le Pakistan agissant comme principal intermédiaire entre Washington et Téhéran.
Un plan américain face aux lignes rouges iraniennes
Les tractations s’articulent autour d’un plan en 15 points formulé par les États-Unis et transmis à l’Iran via des émissaires pakistanais. Ce document exige notamment un cessez-le-feu d’un mois, la remise des stocks d’uranium hautement enrichi, l’arrêt du programme de missiles balistiques et la fin du soutien aux différents groupes armés régionaux.
La réponse iranienne ne s’est pas fait attendre. Qualifiant ces propositions d’« irréalistes et illogiques » par la voix du porte-parole de son ministère des Affaires étrangères, Esmaeil Baghaei, Téhéran a formulé ses propres exigences. L’Iran réclame la fin immédiate des hostilités, des garanties de non-répétition, des réparations de guerre et la reconnaissance officielle de sa souveraineté sur le détroit d’Ormuz. Des diplomates et analystes précisent que la survie du régime reste la ligne rouge absolue, rendant tout compromis asymétrique inacceptable pour la partie iranienne.
Positions contrastées à Washington et crise économique mondiale
Sur le plan politique américain, le président Donald Trump a affiché des positions particulièrement contrastées. S’il a déclaré depuis Air Force One qu’un accord avec l’Iran « pourrait être proche », affirmant que Téhéran avait accepté la majorité des 15 points, il n’a pas exclu, lors d’une interview au Financial Times, de cibler l’île de Kharg, par laquelle transitent 90 % des exportations de brut iranien.
L’impact de cette crise dépasse largement le cadre régional. Le détroit d’Ormuz étant effectivement fermé à la navigation commerciale standard, le baril de Brent a franchi la barre des 116 dollars en Asie, enregistrant une hausse de plus de 50 % depuis le début du conflit fin février. L’Agence internationale de l’énergie qualifie la situation de pire choc pétrolier de l’histoire. Une première mesure de confiance a toutefois été actée dans le cadre des pourparlers : l’Iran a autorisé le passage exclusif de 20 navires sous pavillon pakistanais à travers le détroit.
Une réalité militaire toujours dans l’escalade
Malgré ces efforts diplomatiques soutenus par la Chine et les Nations Unies, la réalité sur le terrain reste dominée par l’option militaire. Le Commandement central américain (CENTCOM) a confirmé l’arrivée dans la région d’une force opérationnelle de 3 500 Marines menée par l’USS Tripoli, tandis que d’autres troupes aéroportées sont en route vers le Golfe.
En parallèle, les opérations israéliennes se poursuivent. Après les frappes ayant coûté la vie au guide suprême iranien l’ayatollah Ali Khamenei fin février et au haut responsable de la sécurité Ali Larijani mi-mars, de nouvelles frappes ont visé Téhéran dimanche. Un projectile a également atterri dans l’enceinte de la centrale nucléaire de Bouchehr, sans faire de dégâts majeurs, selon les médias d’État iraniens. L’ambassadeur d’Israël à l’ONU a pour sa part réaffirmé que les opérations continueraient jusqu’à l’élimination totale des capacités nucléaires et balistiques de l’Iran, précisant que son pays ne prenait pas part aux discussions menées à Islamabad.
