Dakar , 05 mars (SL-INFO) –  Après les sommets historiques atteints en 2024, où le kilogramme de cacao s’échangeait à plus de 60 000 GNF sur certains marchés, la filière fait aujourd’hui face à un retournement brutal de tendance. Depuis le début de l’année 2026, les cours mondiaux ont fortement chuté, oscillant désormais entre 3 000 et 4 100 dollars la tonne, soit une baisse estimée à près de 28 % par rapport aux niveaux précédents. Cette situation est particulièrement préoccupante pour les producteurs guinéens, pour qui la culture du cacao constitue un pilier essentiel de l’économie rurale.

Des revenus agricoles en chute libre

Cette dépréciation s’explique en grande partie par les perspectives d’un surplus de production, notamment en Afrique de l’Ouest, principal bassin cacaoyer mondial. Cette dynamique fragilise davantage les exploitants, déjà exposés à la volatilité des marchés internationaux. À Nzoo, épicentre de la production dans la région forestière situé à 31 kilomètres de Lola, les conséquences sont immédiates. Sory Traoré, président des producteurs de cacao, déplore que les acheteurs basés à Nzérékoré fixent désormais les tarifs et annoncent régulièrement des baisses. Alors que le kilogramme se négociait autour de 16 000 GNF la semaine dernière, les prix oscillent désormais entre 15 000 et 16 000 GNF.

Disparités régionales et retards de paiement

Le marché est marqué par de fortes disparités car si le cacao s’achète entre 15 000 et 16 000 GNF dans les zones rurales reculées, il peut atteindre 20 000 à 22 000 GNF à Nzérékoré. Cependant, le niveau des prix n’est pas le seul obstacle puisque les retards de paiement asphyxient également les producteurs. Un exploitant local confie d’ailleurs que le plus difficile n’est plus seulement la vente, mais bien d’obtenir son argent après l’achat.

Une crise aux répercussions mondiales

Selon Souleymane Keita, président de la Chambre préfectorale de commerce, de l’industrie et de l’artisanat, ce phénomène dépasse les frontières nationales. L’impact est d’autant plus dur que le boom économique des dernières années avait attiré de nombreux jeunes investisseurs. Le retournement actuel du marché pourrait donc entraîner d’importantes pertes financières sur l’ensemble de la chaîne de valeur.

Face à l’offre excédentaire attendue en Afrique de l’Ouest, plusieurs pistes sont évoquées pour préserver cette filière stratégique. Il s’agit notamment de la diversification des sources de revenus agricoles, d’un meilleur encadrement des circuits commerciaux ainsi que d’un soutien institutionnel renforcé pour stabiliser les prix et garantir les paiements. Enfin, l’investissement dans des mécanismes de prévision des marchés apparaît essentiel pour permettre aux producteurs de mieux anticiper les fluctuations internationales. L’enjeu est désormais vital pour mieux organiser la filière afin de garantir des revenus durables et protéger les économies rurales de la précarité.

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