Dakar , 10 avril (SL-INFO) Invitée à s’exprimer sur les dynamiques sociétales de son pays d’origine, l’écrivaine franco-sénégalaise Fatou Diome a pris position sur le traitement réservé aux minorités sexuelles. Lors d’un entretien récent, la femme de lettres a opposé une réalité sociologique ancienne aux discours affirmant que ces pratiques seraient exclusivement importées en Afrique.
Selon les éléments rapportés par le média Kawtef, c’est sur la chaîne YouTube « Prieuré Sainte Marie » que l’auteure a livré sa lecture de la situation. Elle a dénoncé la traque visant les homosexuels, qualifiant de « formidable fumisterie » l’argument selon lequel cette orientation sexuelle serait étrangère à la culture africaine. « C’est par exemple dire que ces pays-là ne font pas partie de la société humaine », a-t-elle affirmé.
Pour étayer son propos, Fatou Diome a rappelé l’existence des « Gôor-jigéen » (hommes-femmes) au Sénégal il y a plus de quarante ans. Elle a décrit des hommes « très soignés, très élégants » qui organisaient des événements festifs et vivaient confortablement. « Tout le monde savait que ces gars-là, ce n’était pas des hétéros stricts comme on le dit », a souligné la native de Niodior, s’interrogeant ouvertement sur les sources de financement qui permettaient à cette frange de la société de s’entretenir à l’époque.
Sur le plan des libertés individuelles, l’écrivaine revendique une stricte séparation entre l’espace public et la sphère intime. Faisant un parallèle avec le principe de laïcité, elle estime que la sexualité relève exclusivement du domaine privé. « Moi je suis définitivement hétéro. On est clair là-dessus. Mais ce que les autres font dans leur lit, ça ne me regarde pas », a-t-elle précisé, ajoutant que l’interrogation systématique sur la sexualité d’autrui s’apparente à une forme de perversion sociale.
La romancière a toutefois tracé une limite stricte concernant les enjeux de santé publique. Évoquant les cas de transmission volontaire de maladies telles que le VIH Sida, elle a réclamé l’application rigoureuse de la loi. « Quand on met en danger la vie d’autrui, on doit être puni et sévèrement », a-t-elle tranché, séparant formellement la question des orientations sexuelles de celle des infractions pénales.
