Dakar, 12 fév (SL-INFO) – L’affaire des douze individus interpellés le week-end dernier, accusés d’actes contre nature et d’intention de propager le VIH, sature l’espace médiatique. Si le volet judiciaire suit son cours, l’impact de cette publicité sur la santé publique préoccupe au plus haut point les spécialistes. Le Conseil national de lutte contre le Sida (CNLS) brise le silence pour alerter sur un effet pervers qui pourrait annihiler des années de progrès.

La médiatisation intense de ces arrestations, où le statut sérologique de certains prévenus a été évoqué, ne serait pas sans conséquence sur la stratégie nationale de riposte. Dans une note consultée par nos confrères du journal Le Quotidien, la structure dirigée par le Dr Safiatou Thiam pointe un risque immédiat : la fuite des populations vulnérables. La crainte de se voir associé à ces dossiers judiciaires ou de voir son statut divulgué pourrait dissuader de nombreux citoyens de recourir au dépistage volontaire. Cette réticence, selon le CNLS, menace directement un acquis majeur du Sénégal : aujourd’hui, près de 90% des personnes vivant avec le VIH sont dépistées et sous traitement. Or, si la peur s’installe, le dépistage recule, favorisant une circulation silencieuse du virus au sein de la population générale. L’inquiétude des experts va plus loin et soulève un paradoxe sanitaire dangereux. Le document souligne que lorsque la possession de préservatifs ou l’adhésion à un traitement sont perçus comme des éléments à charge dans des procédures judiciaires, le réflexe de survie juridique prend le pas sur la santé. Des patients, y compris des enfants et adolescents, pourraient être tentés d’abandonner leurs antirétroviraux pour ne pas être « repérés » ou stigmatisés.

Cette rupture de soins entraînerait inévitablement une augmentation de la charge virale, rendant ces personnes à nouveau contagieuses, alors que 92% des patients traités ne transmettent plus la maladie actuellement. En voulant sanctionner la propagation, la dynamique actuelle risquerait donc, techniquement, de la favoriser.

**La complexité de l’infraction intentionnelle**

Sur le plan strictement juridique, le CNLS rappelle aux autorités la difficulté de qualifier le délit de « transmission volontaire » prévu par la loi de 2010. L’instance précise que la science a évolué : une personne sous traitement efficace avec une charge virale indétectable ne transmet pas le virus (concept I=I, Indétectable = Intransmissible).

Prouver l’intention de nuire nécessite de démontrer que la personne connaissait son statut, qu’elle n’était pas sous traitement efficace et qu’elle a sciemment exposé autrui. Des éléments qui requièrent des expertises biologiques pointues, rarement disponibles dans les procédures d’urgence. Le Conseil redoute ainsi des erreurs judiciaires basées sur une méconnaissance des réalités cliniques.

Pour éviter une crise de confiance, l’organisme recommande urgemment de garantir la continuité des soins pour les personnes détenues et de lancer, en collaboration avec le ministère de la Santé, une communication rassurante sur la confidentialité des données médicales.

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