Dakar 31 mars(SL-INFO) – Emprisonné en 2021 au Sénégal pour « acte contre nature », une qualification prévue par le Code pénal, Ibrahima Ibou a quitté le pays en 2024 pour la France. Son témoignage met en lumière un vécu marqué par le rejet social et les contraintes juridiques. « Avec cette loi, ils vont condamner beaucoup de Sénégalais qui contribuent au développement du pays », déplore-t-il.

Dans un contexte où l’homosexualité reste un sujet sensible, son histoire relance un débat de fond : s’agit-il d’un choix individuel ou d’une orientation innée ?

Orientation innée ou choix : un débat toujours vif

Longtemps considérée comme un trouble mental, l’homosexualité est aujourd’hui reconnue par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme une orientation sexuelle. Toutefois, au Sénégal, les perceptions restent partagées.

Dans l’opinion publique, certains continuent de l’associer à un choix, à l’éducation ou encore aux mutations sociales. Une lecture que plusieurs spécialistes nuancent, voire contestent, en s’appuyant sur des travaux scientifiques.

Ce que disent les experts

Interrogé sur la question, un expert en santé mentale et psychologue sénégalais, M. Diakhaté, évoque une combinaison de facteurs. « Des éléments biologiques, notamment hormonaux, peuvent intervenir. Les recherches en biologie et en neurosciences tendent à montrer que l’orientation sexuelle est en grande partie innée », explique-t-il.

Selon lui, l’environnement social et familial agit surtout sur l’expression des comportements. « Un individu peut être influencé par son milieu sans que cela ne modifie son orientation profonde », précise-t-il.

Dans un contexte marqué par la stigmatisation, cette réalité pousse de nombreuses personnes à vivre leur orientation dans la discrétion, avec des conséquences possibles sur leur équilibre psychologique : stress, anxiété ou isolement.

De son point de vue, le doctorant spécialiste sur la question du genre en Afrique à l’Université de Madrid, M. Stéphane Brice, adopte une position plus tranchée : « On ne devient pas homosexuel, on naît homosexuel, comme on naît hétérosexuel. » Selon lui, ni les pressions sociales, ni les mariages contraints, ni certaines pratiques ne modifient l’orientation sexuelle.

Il rappelle également que des comportements homosexuels ont été observés dans différentes sociétés et dans le monde animal, alimentant les recherches sur cette question.

Le poids du cadre légal

Au Sénégal, l’article 319-bis du Code pénal sanctionne les « actes contre nature » entre personnes de même sexe, avec des peines pouvant aller jusqu’à cinq ans d’emprisonnement, assorties d’amendes.

Ce cadre juridique a des répercussions concrètes sur la vie des personnes concernées. Le témoignage d’Ibrahima illustre ces tensions entre vécu individuel et législation.

Selon le doctorant, « la contrainte légale n’a pas d’effet sur l’orientation elle-même, mais peut influencer les conditions de vie des individus ».

Entre science, société et normes culturelles

Au Sénégal, où les références culturelles et religieuses structurent largement les représentations sociales, la question de l’homosexualité dépasse le cadre scientifique. Elle s’inscrit dans un débat plus large, mêlant valeurs, normes sociales et considérations juridiques.

Les spécialistes interrogés convergent sur un point : si l’origine de l’orientation sexuelle est largement étudiée par la science, son acceptation et son expression restent profondément liées au contexte social.

Entre approches scientifiques et perceptions sociales, le débat sur l’homosexualité au Sénégal demeure ouvert.

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