Dakar, 31 mars(SL-INFO) – Les relations diplomatiques entre la République du Soudan et la République islamique d’Iran amorcent un tournant décisif. Rompus en 2016, les liens entre Khartoum et Téhéran se réchauffent rapidement dans un contexte marqué par la guerre civile soudanaise, redéfinissant les alliances stratégiques et militaires dans la région de la mer Rouge.
Ce rapprochement s’est matérialisé par une série d’échanges officiels de haut niveau au cours des derniers mois. Début février 2024, Ali Al Sadiq, ministre soudanais par intérim des Affaires étrangères, s’est rendu à Téhéran pour s’entretenir avec son homologue Hossein Amir-Abdollahian et le président iranien Ebrahim Raïssi. La dynamique s’est confirmée à Port-Soudan, siège actuel du gouvernement, où le général Abdel Fattah Al-Burhan a officiellement reçu le nouvel ambassadeur iranien, Hassan Shah Hosseini. En retour, le ministère soudanais des Affaires étrangères a dépêché son propre représentant, Abdelaziz Hassan Saleh, en Iran.
Les motivations de cette reprise des relations, telles que relayées par IGFM, reposent sur des impératifs opérationnels immédiats pour les Forces armées soudanaises (FAS). Confrontée aux avancées des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR), l’armée régulière cherche à moderniser son arsenal. L’objectif central de Khartoum est d’obtenir la livraison d’armes de précision, et plus spécifiquement de drones de combat iraniens, à l’image du modèle Mohadjer-6. Cet équipement est destiné à soutenir la contre-offensive lancée par les troupes gouvernementales au début de l’année 2024.
Pour Téhéran, cette coopération offre des avantages géostratégiques majeurs au-delà de la simple exportation de matériel militaire. Cet accord garantit à l’Iran un canal d’influence direct dans l’est du Soudan, avec un accès privilégié à Port-Soudan. Les quelque 700 kilomètres de façade maritime soudanaise sur la mer Rouge constituent une position de choix pour le déploiement naval iranien dans ce couloir commercial mondial.
Cette nouvelle alliance s’appuie sur des fondations historiques anciennes. Dès les années 1990, sous le régime d’Omar el-Béchir, l’Iran avait fourni un important soutien militaire et financier au Soudan. Ce partenariat s’était développé en partie grâce à l’influence idéologique des Frères musulmans au sein de l’appareil d’État soudanais de l’époque. Dans le cadre du conflit actuel, cet héritage politique est d’ailleurs mis en avant par les FSR, qui accusent régulièrement les Forces armées soudanaises d’être toujours noyautées par des membres de la confrérie islamiste.
