Dakar, 24 fév (SL-INFO) – Entrée en phase opérationnelle en janvier 2021, la Zone de libre-échange continentale africaine ambitionne de créer le plus vaste marché intégré du monde en nombre de pays, avec 54 États signataires et un potentiel de plus de 1,3 milliard de consommateurs. La Commission économique pour l’Afrique des Nations unies estime que la mise en œuvre complète de l’accord pourrait accroître le commerce intra africain de plus de 50 % à l’horizon 2030 si les engagements tarifaires et réglementaires sont effectivement appliqués.
Pour les entreprises sénégalaises, l’enjeu est double. D’une part, l’accès à un marché élargi offre des débouchés nouveaux au-delà de l’espace UEMOA et CEDEAO, qui concentrent aujourd’hui l’essentiel des échanges régionaux. D’autre part, la concurrence s’intensifie avec l’entrée facilitée de produits en provenance d’économies plus industrialisées du continent, notamment d’Afrique du Nord ou d’Afrique australe.
Les opportunités sont réelles dans certains segments. L’agro-industrie, les matériaux de construction, les services numériques ou encore la transformation halieutique peuvent trouver des relais de croissance sur des marchés africains en expansion. Le Sénégal dispose d’atouts logistiques, notamment avec le port de Dakar et le futur port de Ndayane, qui peuvent renforcer sa position comme plateforme régionale de redistribution.
Toutefois, la suppression progressive des droits de douane ne suffit pas à elle seule à garantir un gain net. Les obstacles non tarifaires demeurent nombreux. Les différences de normes techniques, les procédures douanières hétérogènes, les règles d’origine complexes et les exigences sanitaires variées peuvent freiner les flux commerciaux. La Banque mondiale souligne que dans plusieurs régions africaines, les coûts logistiques représentent jusqu’à 30 % de la valeur des marchandises, soit un niveau bien supérieur à la moyenne mondiale.
La compétitivité prix constitue un autre facteur déterminant. Une entreprise sénégalaise qui affronte des coûts énergétiques élevés, un accès au crédit limité et des charges logistiques importantes peut difficilement rivaliser avec un concurrent bénéficiant d’économies d’échelle ou d’un environnement productif plus efficient. L’ouverture des marchés expose ainsi les faiblesses structurelles autant qu’elle révèle les potentiels inexploités.
L’intégration régionale peut néanmoins jouer un rôle structurant si elle s’accompagne d’une stratégie industrielle cohérente. La ZLECAF prévoit également une libéralisation progressive du commerce des services, ce qui peut favoriser les entreprises de télécommunications, de finance ou de conseil. Dans ces domaines, la valeur ajoutée dépend moins du transport physique des biens que de la capacité à offrir des prestations compétitives et conformes aux standards continentaux.
Les gains pour les entreprises sénégalaises ne seront donc ni automatiques ni uniformes. Ils dépendront de la montée en gamme des produits, de la capacité à respecter des normes harmonisées et de l’amélioration de l’environnement des affaires domestique. La ZLECAF ouvre une porte, mais la capacité à franchir le seuil repose avant tout sur la solidité de l’appareil productif national et sur l’adaptation des entreprises aux exigences d’un marché élargi.
