Dakar, 13 mars (SL-INFO) – Depuis le début de la guerre entre la coalition Israël/États-Unis et l’Iran, les bombes ne cessent de pleuvoir sur Téhéran et d’autres villes du pays. Des milliers de missiles ont été largués sur le sol iranien. Le nombre de décès a dépassé le millier et la plupart sont des civils, notamment des femmes et des enfants. Dans les médias, ce conflit est la principale actualité depuis deux semaines, parfois même l’unique actualité, avec les fameuses éditions spéciales. Mais bizarrement, il y a « un angle mort » du conflit : les victimes civiles. En dehors d’images de l’école de jeunes filles dont le bombardement est attribué à l’armée américaine, on ne voit nulle part les morts en Iran.

Dans les médias français, on avance souvent l’argument selon lequel l’Iran est un pays fermé pour justifier l’absence d’images sur les conséquences de la guerre. En vérité, il n’en est rien. Cette fermeture supposée ou réelle du pays n’est qu’un prétexte. Depuis l’invasion de l’Irak en 2003, les médias occidentaux ont adopté une nouvelle forme de couverture des guerres. Désormais, les victimes sont visibles ou invisibles en fonction des camps.

Lorsque les plus forts se situent dans le camp occidental, les télévisions américaines, françaises, britanniques… couvrent la guerre sous ses aspects militaires et techniques : nombre de missiles et de lanceurs, flotte aérienne, capacités navales… On vante à la fois la puissance de feu des Américains et des Israéliens tout en minimisant celle de l’Iran. On magnifie la qualité du renseignement du Mossad pour mettre en exergue les failles de l’appareil sécuritaire iranien.

Avec cette forme de couverture, on met l’accent sur les bombardements : « pluie de missiles en Iran », « Téhéran sous les bombes », « Israël annonce des bombardements massifs », « Aujourd’hui, l’Iran sera frappé très durement ! » (Trump). Ces expressions sont reprises à l’usure, accompagnées d’images de frappes ciblées fournies par les armées israélienne et américaine. Et on fait comme si, derrière, il n’y avait pas de vies humaines. On ne voit ni morts ni blessés. L’intention est manifeste : il faut montrer une guerre propre, occulter le drame humain pour ne pas retourner l’opinion.

Deux types de morts en Iran

Pour le cas de l’Iran, par exemple, les médias occidentaux qui disent que le pays est fermé diffusent pourtant des images de destructions, mais jamais des victimes civiles. Les médias français disposent par exemple d’un « super-correspondant » en la personne de Siavosh Ghazi, capable de faire « 80 directs par jour pour TF1, BFMTV, LCI ou bien sûr RFI et France 24, pour qui il travaille habituellement ». Curieusement, ce super-correspondant présent à Téhéran n’aide pas à voir les images des blessés dans les hôpitaux, encore moins le chagrin des familles endeuillées.

En Ukraine, par contre, ces mêmes médias montraient de vieilles dames dont les maisons étaient détruites et qui devaient quitter leur maison après 80 ans de vie. D’autres devaient vivre dans le froid et l’obscurité après des coupures d’électricité. Au Liban, où la presse française se sent concernée, on montre la population dans le désarroi, obligée de quitter son domicile pour dormir à la belle étoile. Rien de tout cela en Iran.

Pourtant, ces mêmes télévisions ont diffusé les images de la répression meurtrière des manifestations à Téhéran. Il s’agit pourtant du même peuple iranien. À la différence que les manifestants ont été tués par le « régime terroriste des mollahs », alors que les victimes de la guerre sont les « dégâts collatéraux » d’une noble mission de libération initiée par Israël et les États-Unis, les samaritains du XXIᵉ siècle.

7 octobre en Israël vs génocide à Gaza

Il est vrai que les morts et blessés israéliens sont aussi invisibles, mais pas pour les mêmes raisons. Ici, on ne montre pas les victimes, d’abord pour ne pas se contredire. Les médias ne peuvent pas en même temps vanter les capacités de défense de Tel-Aviv et exposer sa vulnérabilité.

C’est ensuite un refus de reconnaître la puissance de feu de l’Iran. Il faut convaincre l’opinion que le territoire israélien est intouchable, à l’exception de dégâts mineurs.

Cette logique d’invisibilisation a prévalu lors du génocide à Gaza. Dans les médias occidentaux, on se limitait à dénombrer les morts et à montrer les immeubles réduits en gravats. Il fallait se rabattre sur une chaîne comme Al Jazeera pour voir l’horreur et l’ampleur du génocide.

Mais lorsqu’il s’agit du massacre du 7 octobre, les médias occidentaux retrouvent leur humanité. On montre les visages des morts à travers des photos. Les portraits des otages sont omniprésents. Lorsque des prisonniers sont libérés de part et d’autre, on prépare une mise en scène pour les Israéliens. L’otage est accueilli à l’aéroport ou à domicile par les membres de sa famille, à la fois soulagés et émus. Il y a des larmes, de l’émotion, bref, de l’humain.

Du côté de la Palestine, ce sont des silhouettes qui descendent des bus, sans famille, sans émotion, donc sans humanité.

Voilà la nouvelle forme de couverture des conflits par les médias occidentaux : rendre leur humanité aux victimes qui leur sont proches sur le plan idéologique et réduire les autres à des aspects techniques.

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