Dakar , 10 fév (SL-INFO) – Le nombre de victimes a été déterminé grâce à des documents rassemblés sur une clé USB par le septuagénaire dans lesquels il fait référence à des «relations sexuelles» avec des mineurs âgés de 13 à 17 ans.
Un homme de 79 ans, Jacques Leveugle, a été interpellé en Isère en février 2024 puis mis en examen et écroué pour des viols et agressions sexuelles aggravés commis sur 89 mineurs entre 1967 et 2022, a annoncé ce mardi le procureur de la République de Grenoble. Installé au Maroc depuis plusieurs années, le suspect résidait chez son frère, à Vizille, au moment de son arrestation.
Le nombre de victimes a été établi à partir de «mémoires» consignées dans une clé USB par le septuagénaire qui évoque des «rapports sexuels» avec des mineurs âgés de 13 à 17 ans, a précisé le procureur Étienne Manteaux lors d’une conférence de presse. Il s’agit principalement de faits de masturbation et de fellation, selon le magistrat.
Des faits commis à travers le monde
Le suspect a sillonné le monde et encadré des jeunes dans une multitude de structures associatives et périscolaires. Jacques Leveugle a, par exemple, été professeur de français, moniteur de spéléologie ou encore éducateur dans des camps de jeunesse ou auprès d’enfants délinquants. Les faits auraient été commis en Allemagne, en Suisse, au Portugal, au Maroc, au Niger, en Algérie, aux Philippines, en Inde, en Colombie et en Nouvelle-Calédonie, a détaillé le procureur. Les victimes sont des mineurs issus de milieux défavorisés. «On n’est pas sur de l’abus “classique”. Il a passé beaucoup de temps avec chacun de ces jeunes. Il y avait de l’argent payé pour passer le permis de conduire, beaucoup de stimulation intellectuelle, des incitations à faire des études, il s’investissait intellectuellement avec eux», a détaillé le procureur.
La clé USB sur laquelle des documents écrits ont été enregistrés par le septuagénaire a été découverte par son neveu qui se «questionnait sur la vie affective et sexuelle» de son oncle, a ajouté Étienne Manteaux. Il s’agit d’un document de «15 tomes, une matière très dense», a-t-il précisé. Les mémoires du suspect mentionnent des prénoms ou des surnoms, ce qui rend difficile l’identification de certaines victimes. Une quarantaine sur 89 a pu être identifiée. Le procureur a lancé un appel à témoins «pour permettre à d’éventuelles autres victimes de pouvoir se manifester». Les faits commis avant 1993 sont a priori prescrits, a indiqué le procureur de Grenoble, à l’exception de ceux recensés au Maroc.
Face aux enquêteurs, le suspect, sans antécédent judiciaire jusque-là, a reconnu que ses mémoires sont «l’expression de la réalité». Il a déclaré «avoir pris conscience de la gravité des faits et émis des regrets en disant qu’il ne mesurait pas l’emprise morale qu’il avait sur ses jeunes», a également indiqué Étienne Manteaux.
Auteur d’un double meurtre
L’homme a également reconnu au cours de l’enquête avoir étouffé à l’aide d’un coussin sa mère cancéreuse en phase terminale en 1974. Selon ses dires, il voulait abréger ses souffrances. Il a aussi admis avoir tué sa tante, âgée de 92 ans, dans les années 1990, en l’étouffant également avec un coussin. Concernant sa tante, «parce qu’il devait repartir dans les Cévennes et qu’elle le suppliait de ne pas partir, il a fait le choix de lui donner la mort également et donc profitant de son sommeil a pris un coussin et l’a étouffée», a détaillé le procureur.
Une enquête distincte de celle sur les viols et agressions sexuelles a été ouverte pour ces deux faits, «aussi tout à fait reconnus et admis» par le prévenu qui «légitime son passage à l’acte en considérant qu’il aimerait bien qu’on lui fasse la même chose s’il se trouvait dans cette situation de fin de vie», a indiqué le magistrat. Les enquêteurs s’interrogent sur d’éventuelles complicités concernant les viols sur mineurs mais aussi sur d’autres crimes non élucidés qui pourraient être imputés à Jacques Leveugle.
