Dakar, 22 jan(SL-INFO)- De l’amour du foot à l’inquiétude du vestiaire, l’auteur et documentariste Sikou Niakaté, 34 ans, raconte le corps qui devient une tare, la honte qui prend le pas sur tout et le poids de la masculinité fantasmée.

« Enfant, je ne désirais qu’une chose, devenir footballeur. Je rêvais de Manchester United, du maillot rouge, du numéro 7, de David Beckham et de Patrice Evra. Je donnais tout pour ça. Je jouais au foot trois heures par jour minimum. J’étais fort. Excellent même. Je jouais milieu, parfois 10. J’étais grand, très grand – au collège, je mesurais déjà 1,92 m – mais j’étais technique. Mais vraiment technique. Ce qui est rare pour un grand. J’avais plus de précision de passe que tous les gars avec qui je jouais, c’est même moi qui centrais, alors que j’étais le plus grand, parce que j’étais très précis. J’étais un peu dans le profil d’un Yaya Touré.Je jouais au quartier, à Paris, dans le XIXe arrondissement. Évidemment, la question du club s’est posée. Mais c’était accepter l’idée des douches collectives et ça, pour moi, c’était impensable. Impossible. Ce que je cachais allait devenir visible.

La douche collective, une idée impensable

Quand j’étais petit, un jour, je m’apprêtais à me doucher pendant que ma soeur lavait la salle de bain. On a commencé à se chamailler, elle s’est énervée et m’a dit « avec ta toute petite bite » en riant. Quand elle prononce ça, sa phrase me transperce, elle m’assassine. Je me dis que je ne suis pas normal, que mon corps n’est pas beau et que je vais devoir le cacher.

Plus tard, après un match de foot, un de mes potes me montre son sexe, pour rien, juste pour rigoler, et me demande de lui montrer le mien. Son sexe est bien plus volumineux, je ne veux pas. Il continue à me mettre la pression, assure que c’est bizarre que je dise non. Je n’ai plus le choix. Je baisse mon jogging et mon slip. Il regarde, se retient de rire plus explose : « Tu as une toute petite bite, c’est un truc de fou. »

« Il y en a qui disent qu’ils n’ont pas pu faire carrière parce qu’ils se sont fait les croisés, moi, j’ai eu les croisés du calbar »

Je suis mort à l’intérieur. Je marche derrière lui en regardant le sol, la tête baissée. Je suis un monstre. J’ai donc décidé de ne jamais jouer au foot en club. Jamais, jamais. Il y en a qui disent qu’ils n’ont pas pu faire carrière parce qu’ils se sont fait les croisés, moi, j’ai eu les croisés du calbar ! Alors peut-être que quand je jouais, j’étais doublement bon parce que je compensais le fait de ne pas pouvoir évoluer dans une équipe. Je ne dis pas que j’avais le niveau pour faire une immense carrière, mais je pense que j’aurais pu jouer en club, même dans des bons clubs. Mais me montrer nu n’était pas envisageable.

J’en parle, de l’importance de la taille du sexe, dans mon documentaire, Dans le noir, les hommes pleurent. Et avec tous les retours que j’ai eus, je me suis rendu compte que ça touchait énormément d’hommes. On appelle ça « le syndrome du vestiaire ». Alors que je pensais que j’étais le seul à avoir ma tête qui disait « quelle honte d’avoir ce corps-là ». Ça ne me quittait jamais. Au collège, en sport, j’avais toujours entre 17 et 20 mais quand il y avait piscine, j’avais zéro. Je n’y allais jamais. Ça aurait voulu dire porter un maillot qui allait mouler mon entrejambe. En maillot sous la douche ? C’est mort.

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