Kaolack, 27 jan(SL-INFO) – L’approvisionnement en eau dans la région de Kaolack traverse une période d’instabilité chronique, marquée par une fracture nette entre les zones urbaines et le milieu rural. Si les robinets coulent dans les deux environnements, la régularité du service et les modalités de gestion diffèrent considérablement, créant une situation de tension sociale latente. Selon les éléments rapportés par Sud Quotidien, cette disparité s’accompagne d’une remise en cause du modèle de gestion actuel par les populations locales.
**Une fracture statistique entre ville et campagne** Les données disponibles révèlent une inégalité flagrante dans l’accès à cette ressource vitale. Alors que 60 % des populations urbaines bénéficient d’un accès régulier à l’eau potable, ce chiffre chute à 40 % dans le monde rural. Cette situation contraint une partie significative des habitants des villages à des solutions alternatives précaires. Faute de raccordement aux réseaux hydrauliques — souvent dû à l’enclavement ou à la qualité insuffisante des nappes souterraines —, de nombreux ménages se rabattent sur les puits traditionnels, s’exposant ainsi à des risques sanitaires, ou parcourent de longues distances pour s’approvisionner.
Durant l’hivernage, la collecte des eaux de pluie offre un répit temporaire, mais la saison sèche ramène invariablement les difficultés. Même dans les zones raccordées, la distribution reste parfois conditionnée à des horaires spécifiques, de jour comme de nuit, obligeant les usagers à une veille constante pour remplir leurs réserves. **La réforme de l’Ofor et la gestion déléguée sous le feu des critiques**
Au-delà des infrastructures, c’est le modèle de gouvernance qui cristallise les mécontentements. L’État a entrepris de réformer le système en confiant la gestion des forages ruraux à des opérateurs privés, les fermiers contractants, sous la supervision de l’Office national des forages ruraux (Ofor). Cet établissement public, chargé du patrimoine hydraulique, délègue ainsi la production, la maintenance et la commercialisation de l’eau, y compris la facturation.
Cette approche commerciale se heurte à la réalité sociale des villages. Les relations entre les populations et ces exploitants extérieurs sont décrites comme conflictuelles. Les résidents dénoncent des coûts de facturation et de branchement jugés excessifs, ainsi que des conditions d’approvisionnement insatisfaisantes. Ces frictions débouchent régulièrement sur des mouvements de contestation, les populations exigeant le départ des fermiers et le retour à une gestion communautaire des forages.
**Des perturbations urbaines lors des grands événements**
Si la situation en milieu urbain apparaît statistiquement plus favorable, elle n’est pas exempte de défaillances. Les grands rassemblements, tels que le Gamou annuel, mettent le réseau sous pression, entraînant des baisses de débit significatives, voire des coupures systématiques dans certains quartiers. Les recommandations formulées lors des Journées nationales de concertation sur l’eau et l’assainissement, tenues en novembre 2024 à Kaolack, n’ont pas encore produit tous les effets escomptés.
Par ailleurs, les attentes se tournent vers le projet de transfert d’eau douce depuis Malème Hoddar (Kaffrine) vers les départements de Kaolack, Fatick et Diourbel. Ce chantier d’envergure, censé sécuriser l’approvisionnement de la région, tarde cependant à se matérialiser, prolongeant l’attente des usagers face à une ressource toujours capricieuse.
