Dakar , 09 avril (SL-INFO La crise énergétique mondiale, exacerbée par les tensions entre les États-Unis, Israël et l’Iran, paralyse le détroit d’Ormuz, point de passage névralgique du commerce pétrolier. Dans un entretien exclusif accordé à Al Jazeera, le ministre turc de l’Énergie et des Ressources naturelles, Alparslan Bayraktar, a qualifié la situation de « mère de toutes les crises ». Face à ce blocage qui menace l’économie globale, Ankara met sur la table un plan d’infrastructures pour redessiner la carte des approvisionnements.

Le constat dressé par le responsable turc met en évidence une rupture majeure. Alors que la demande mondiale s’élève à 103 millions de barils par jour, la fermeture du détroit d’Ormuz ampute l’offre de près de 20 millions de barils. Cette restriction a propulsé les prix de livraison physique jusqu’à 140 dollars le baril, avec un risque d’escalade à 200 dollars dans le scénario le plus pessimiste. Bien qu’un récent cessez-le-feu offre une perspective d’accalmie sur les marchés, la vulnérabilité des voies de transit actuelles pousse la Turquie à exiger une refonte globale du système énergétique.

Pour prémunir la région et l’Europe contre de futurs chocs, Alparslan Bayraktar a détaillé trois projets majeurs visant à diversifier les routes commerciales. Le premier axe repose sur le transport du gaz turkmène à travers la mer Caspienne, pour desservir la Turquie et le marché européen. Le deuxième projet consiste à prolonger l’oléoduc reliant l’Irak à la Turquie jusqu’à la ville de Bassorah. Enfin, la troisième proposition, jugée techniquement et commercialement viable, vise la construction d’un gazoduc reliant le Qatar à la Turquie, en traversant l’Arabie saoudite, la Jordanie et la Syrie.

La mise en œuvre de ces alternatives s’inscrit dans un contexte où la flambée des cours pèse lourdement sur les budgets nationaux. Le ministre a précisé à Al Jazeera qu’une hausse d’un dollar sur le baril de pétrole engendre un surcoût de 400 millions de dollars pour Ankara. Si les cours se stabilisent autour de 100 dollars cette année, la facture supplémentaire pour l’État turc oscillera entre 13 et 14 milliards de dollars pour le pétrole, et entre 7 et 10 milliards pour le gaz naturel.

Malgré cette pression financière, la Turquie affiche une certaine résilience logistique. Ses réserves stratégiques de gaz naturel sont actuellement remplies à 72 %, contre une moyenne de 28 % en Europe, et ses capacités de stockage de pétrole brut sont à plus de 50 %. Par ailleurs, la dépendance d’Ankara vis-à-vis du détroit d’Ormuz reste contenue, avec seulement 10 % de ses besoins pétroliers transitant par cette voie maritime actuellement bloquée.

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