Dakar, 26 mars(SL-INFO) – Il est déclaré vainqueur, mais il joue toujours à contre‑jeu. On met en demeure les responsables du Stade de France, on menace le Sénégal de représailles si le trophée de la CAN est présenté, et aujourd’hui, la colère des supporters marocains s’abat sur leurs compatriotes qui ont osé « liker » les publications des Lions de la Téranga célébrant leur sacre sur les réseaux sociaux. Le dernier carton rouge de cette saga est tombé le 30 mars : le tribunal d’appel a prolongé la galère des supporters sénégalais détenus injustement depuis le 18 janvier.

« À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire », disait Pierre Corneille dans « Le Cid ». Voilà qui résume parfaitement la situation. Promettre un trophée que l’on ne soulèvera jamais, c’est un hors‑jeu monumental. Déclarer le Maroc vainqueur alors que la coupe reste à Dakar est une « dinguerie qu’on ne voit qu’à la CAN », pour reprendre Ousmane Dembélé, Ballon d’Or 2025. Le Maroc n’est pas un roi déchu : c’est un vainqueur sans trophée, sans médaille et sans prime.

Ibrahim Mbaye l’a rappelé à Hakimi, presque stupéfait, venu informer son jeune coéquipier du PSG que le Maroc était proclamé champion d’Afrique. « La coupe est à Dakar et nous gardons nos médailles », a répliqué le numéro 27 du Sénégal avec une ironie digne d’un coup franc bien placé. On leur avait servi la victoire sur un plateau d’argent, et tous les scénarios étaient pensés pour couronner le pays que le footballogue et consultant de Canal+, Geoffrey Garrettier présente comme un « futur géant du football mondial ». Mais la fierté des Sénégalais a fait obstruction aux rêves mégalomanes de Faouzi Lekjaa.

Le Sénégal sait garder le tempo. Même en période de crise économique, ses populations savent dribbler les divergences pour défendre les couleurs nationales. En sport, et particulièrement en football, l’unité prime. Pascal Boniface, spécialiste français en géopolitique, l’affirme : « Le sport renforce les identités nationales ». Aujourd’hui, le Maroc fait feu de tout bois, cramé par sa propre prétention. Vincent Duluc, éditorialiste et chef du service football de L’Équipe, l’a souligné : le royaume chérifien est le plus mauvais perdant de l’histoire du football. Celui qui voulait transformer la CAN en rampe de lancement pour sa candidature à la Coupe du monde 2030 se retrouve depuis le 18 janvier hors‑jeu dans les méandres de l’histoire.

Le football est un jeu de passions et de polémiques : du but fantôme qui fit l’Angleterre championne en 1966, à la « Main de Dieu » de Maradona en 1986, à la main de Thierry Henry en 2009 qui qualifia la France pour le Mondial 2010, en passant par le but refusé de Frank Lampard en 2010. L’histoire de ce sport a toujours été marquée par les contestations. Mais il faut savoir « tourner la page », comme le rappelle Carlo Ancelotti dans « Le Leader tranquille » (mars 2017). Ce que le pays des Lions de l’Atlas ne semble pas vouloir faire depuis cette finale de la CAN.

Babacar Guèye DIOP

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *