Dakar , 09 avril (SL-INFO). Dans l’UEMOA, les besoins de financement des États ont fortement augmenté ces dernières années. Déficits budgétaires, investissements publics, refinancement de la dette ou dépenses sociales poussent les gouvernements à emprunter davantage sur le marché régional.
Cette montée des émissions de titres publics facilite le financement des budgets nationaux, mais elle produit aussi un effet secondaire important sur l’économie privée.
Les banques commerciales disposent de ressources limitées. Lorsqu’elles doivent choisir entre financer une PME ou acheter des obligations d’État, elles privilégient souvent la seconde option. Les titres publics offrent des rendements attractifs, une meilleure liquidité et un risque jugé plus faible. Ils peuvent aussi être utilisés comme garanties auprès de la BCEAO pour obtenir du refinancement.
Dans ce contexte, les entreprises se retrouvent en concurrence directe avec les États pour accéder aux financements disponibles. Plus les gouvernements empruntent, plus une partie de l’épargne et de la liquidité bancaire est absorbée par la dette publique. Les banques disposent alors de moins de ressources pour accorder des crédits au secteur privé.
Ce phénomène est connu sous le nom de crowding out financier, c’est-à-dire un effet d’éviction du secteur privé par le financement public. Il est particulièrement visible dans les économies où les marchés financiers restent peu développés et où les banques jouent un rôle dominant dans le crédit.
Dans l’UEMOA, les émissions de titres publics ont atteint des niveaux record ces dernières années.
Selon les données de UMOA Titres, les États de la région ont levé plus de 8 900 milliards de FCFA sur le marché régional en 2024. Cette forte demande de financement a mobilisé une part importante des ressources bancaires disponibles.
Les PME sont les premières touchées. Elles présentent souvent moins de garanties, des comptes moins structurés et des profils jugés plus risqués que les grandes entreprises ou les administrations publiques. Les banques préfèrent donc orienter leur liquidité vers les titres souverains plutôt que vers des dossiers de crédit plus complexes et plus coûteux à analyser.
Cette situation peut ralentir l’investissement productif, limiter la création d’emplois et freiner la diversification économique. Une entreprise qui ne trouve pas de financement reporte ses projets, réduit ses achats d’équipements ou renonce à se développer. À long terme, cela peut peser sur la croissance.
Le financement des États reste évidemment indispensable, notamment pour les infrastructures, la santé ou l’éducation. Mais lorsque la dette publique absorbe une part trop importante de la liquidité disponible, l’économie privée finit par manquer d’oxygène. L’un des enjeux pour les années à venir sera donc de développer davantage de sources de financement alternatives pour les entreprises, afin qu’elles ne dépendent pas uniquement des banques.
