Diourbel, 18 fév (SL-INFO) – Au-delà de la symbolique du geste architectural à Diamniadio, le chef de l’État a saisi l’occasion de la pose de la première pierre de l’école des avocats pour dresser un tableau clinique de la carte judiciaire du Sénégal. Bassirou Diomaye Faye a confronté la profession à une réalité statistique brutale, pointant du doigt des disparités territoriales qui menacent, selon lui, le principe même d’égalité devant la loi.

L’infrastructure sortira de terre au cœur de la nouvelle ville de Diamniadio, voisine de la cité des Nations-Unies et de la sphère ministérielle Ousmane Tanor Dieng. Mais pour le Président de la République, qui a procédé à la pose de la première pierre ce mardi, l’enjeu dépasse la simple construction d’un édifice moderne doté de 16 salles de classe et d’un auditorium. Selon le compte-rendu de nos confrères de Sud Quotidien, cette cérémonie a servi de tribune pour exposer les failles structurelles de l’accès à la justice au Sénégal.

La fracture numérique et géographique

Le diagnostic présidentiel s’appuie sur des chiffres précis qui révèlent l’ampleur du déséquilibre. Le Sénégal ne compte actuellement qu’un magistrat pour 100 000 habitants. Au total, le personnel judiciaire se résume à 530 magistrats, 472 greffiers et 439 avocats inscrits au tableau de l’ordre. Pour le chef de l’État, ces ratios interrogent directement la capacité collective de la nation à garantir un service public efficace.

Le problème majeur réside dans la répartition de ces effectifs. La concentration massive des cabinets d’avocats dans la capitale et quelques grandes villes régionales a créé, par effet de vase communicant, des zones de vide juridique quasi total. Bassirou Diomaye Faye a qualifié cette situation de « rareté préoccupante » qui freine la garantie des droits fondamentaux.

Cinq zones rouges identifiées

Dans son allocution, le Président a explicitement listé les localités où cette absence se fait le plus sentir, qualifiant ces zones de « déserts judiciaires ». Il s’agit spécifiquement de Fatick, Kaffrine, Kédougou, Matam et Sédhiou. Ces régions souffrent d’un déficit chronique de représentation légale, une situation que le chef de l’État appelle à corriger d’urgence pour rétablir l’équité territoriale.

Cette exigence de redéploiement répond à des impératifs légaux stricts. Le Président a rappelé que le règlement numéro 5 de l’UEMOA et l’article 55 du Code de procédure pénale consacrent le droit à l’assistance d’un avocat dès l’interpellation. Une disposition qui reste théorique pour les citoyens résidant dans les zones dégarnies citées plus haut.

Une mission au-delà de la défense

S’adressant aux futurs pensionnaires de cette école, qui servira aussi bien à la formation initiale qu’à la formation continue, Bassirou Diomaye Faye a redéfini le rôle de l’avocat dans la cité. Au-delà de la technicité du droit, il attend des « robes noires » qu’elles soient des artisans de la paix sociale.

« La grandeur d’un État ne se mesure pas seulement à la puissance de ses institutions, mais surtout à la capacité de celles-ci à garantir l’équité », a-t-il martelé, invitant les futurs avocats à faire preuve de courage pour contester quand la justice l’impose, mais aussi de responsabilité pour concilier et apaiser.

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