Dakar, 11 fév (SL-INFO) – L’Office national de lutte contre la corruption (OFNAC) amorce une nouvelle étape de son histoire institutionnelle. À l’occasion d’un atelier diagnostic réunissant des membres de l’Assemblée de l’office, des chefs de service et des partenaires, son président, Moustapha Ka, a posé les jalons d’une refondation stratégique fondée sur la transparence, la redevabilité et la performance.

L’OFNAC évolue désormais dans un environnement juridique renforcé, marqué par l’adoption de textes majeurs : loi portant création de l’office, réforme du régime de déclaration de patrimoine, statut et protection des lanceurs d’alerte ainsi que loi relative à l’accès à l’information.

Pour Moustapha Ka, cet arsenal législatif ne constitue pas « une simple évolution formelle », mais traduit « une volonté affirmée de renforcer la transparence, la redevabilité et la confiance des citoyens dans les institutions publiques ».

La nouvelle loi limite les missions de l’OFNAC à la prévention, à la détection et à l’enquête, supprimant les pouvoirs de garde à vue et de médiation pénale, dans un souci d’efficacité et de clarté institutionnelle. 

Par ailleurs, toute personne appelée à occuper un poste exposé à un risque financier devra désormais déposer une déclaration de patrimoine.

Ainsi, ce premier atelier organisé se veut un moment d’auto-évaluation méthodique.  « On ne réforme utilement que ce que l’on connaît avec précision », a souligné le président de l’OFNAC, insistant sur la nécessité d’analyser sans complaisance les forces et faiblesses de l’institution afin de bâtir un plan stratégique de développement, prélude à une future stratégie nationale de lutte contre la corruption.

L’objectif étant de mieux définir les modalités organisationnelles et d’intervention de l’office, fixer des objectifs mesurables et renforcer la cohérence des procédures internes.

Un point gagné à l’Indice de perception de la corruption

Le Sénégal enregistre une progression notable dans l’Indice de perception de la corruption (IPC) 2025 publié par Transparency International, après plusieurs années de stagnation. Ce bond marque un tournant important dans les efforts nationaux de lutte contre la corruption. Cette amélioration, fruit d’un ensemble de réformes institutionnelles et juridiques, intervient dans un contexte mondial marqué par un recul général des scores antidote à la corruption. 

Selon les données du rapport IPC 2025, le Sénégal a amélioré son score à 46 points sur 100, soit un point de plus par rapport à 2024 où il avait été noté 45, lui-même une progression par rapport aux années précédentes. 

Ce résultat montre une dynamique positive de lutte contre la corruption, même si le pays reste dans la zone dite « rouge », c’est-à-dire en dessous de la barre des 50 points, seuil symbolique d’un niveau perçu comme encore préoccupant. 

« Nous demeurons en zone rouge. Les efforts engagés en 2025 seront comptabilisés dans les évaluations futures. Si le rythme actuel est maintenu, le Sénégal pourrait sortir de cette zone d’ici deux à trois ans », a-t-il estimé.

Il attribue cette progression à une volonté politique clairement affirmée, illustrée par la présence à l’atelier de hautes autorités, dont le représentant de la présidence et celui du ministère de la Justice. Selon lui, la lutte contre la corruption est « un combat transversal » qui mobilise l’ensemble des acteurs publics.

Le député Me Abdoulaye Tall a rappelé que la corruption est « une pathologie insidieuse qui ronge le corps social et gangrène les institutions républicaines ».

Il a salué la désignation, pour la première fois, des membres de l’Assemblée de l’OFNAC à l’issue d’un appel à candidatures ouvert et compétitif, y voyant le symbole d’une « nouvelle ère de transparence ».

S’inspirant des modèles de Singapour, de Hong Kong et du Botswana, il a insisté sur un triptyque fondamental : indépendance organique, compétence technique et approche holistique alliant prévention, éducation et répression.

L’Assemblée nationale formule trois attentes prioritaires : un plan stratégique assorti d’indicateurs de performance mesurables ; une modernisation technologique intégrant l’analyse prédictive et des plateformes sécurisées pour les lanceurs d’alerte ; un partenariat institutionnel renforcé, y compris sur le plan budgétaire.

« Un organe anti-corruption sous-financé est un organe condamné à l’inefficacité », a-t-il averti.

Pour le représentant du ministre de la Justice, la lutte contre la corruption constitue un impératif économique et démocratique. Elle s’inscrit dans l’axe 3 de l’Agenda national de transformation Sénégal 2050 et répond aux engagements internationaux du pays, notamment la Convention des Nations Unies contre la corruption, la Convention de l’Union africaine et le Protocole de la CEDEAO.

Il a également évoqué le rôle du Pool judiciaire financier et de l’Office national de recouvrement des avoirs criminels, qui ont permis la poursuite d’auteurs présumés et le recouvrement de plusieurs milliards issus d’infractions économiques et financières.

Une nouvelle étape pour l’OFNAC

Au-delà des réformes juridiques, les intervenants ont insisté sur la nécessité d’une culture du résultat, d’une gouvernance exemplaire et d’une mobilisation collective. « La corruption prospère dans l’ombre de l’indifférence, mais elle recule devant la lumière de la transparence », a insisté Abdoulaye Tall.

By

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *