Dakar, 10 fév (SL-INFO) – À l’Université Cheikh Anta Diop, la police était censée maintenir l’ordre public. Mais une fois sur les lieux, elle a semé le chaos. Comme à son habitude ! Hier, la mission n’était pas de rétablir l’ordre, mais de casser de l’étudiant. Il fallait mâter, réprimer avec le maximum de violence. Les policiers s’en sont alors donné à cœur joie : ils ont vidé leur énergie. Le campus a été pour eux un terrain d’application. Et ce qui devait arriver arriva. Un étudiant en médecine du nom d’Abdoulaye Ba a été tué. Encore un mort à l’UCAD !
Cette fois-ci, la thèse de l’accident ne pourra pas prospérer. L’opinion a vu ce qui s’est passé durant toute la journée d’hier. Des images insupportables ont circulé sur les réseaux sociaux. Des internautes ont alerté, d’autres se sont indignés, mais rien. Car ce n’était pas le maintien de l’ordre, mais la répression, la violence gratuite et aveugle, une attitude à la limite de la barbarie.
Parmi les nombreuses séquences, on en retient trois en guise d’illustration. D’abord, la grille de la fenêtre arrachée par les policiers. Même si l’on ne connaît pas grand-chose aux règles du maintien de la sécurité, on sait au moins qu’un étudiant confiné dans le campus social n’est plus une menace pour l’ordre public, à plus forte raison lorsqu’il est dans sa chambre. Un étudiant retranché dans sa chambre ne représente aucun risque.
Pourquoi alors éprouver le besoin d’arracher la grille de sa fenêtre, de briser les vitres pour le retrouver dans son dernier retranchement ? On dirait un chasseur qui doit poursuivre son gibier jusque dans son trou au milieu de la forêt. À la différence qu’un chasseur veut rentrer avec sa proie, alors que l’homme en tenue est censé maintenir l’ordre tout en protégeant sa cible.
La deuxième séquence, ce sont les grenades lacrymogènes jetées dans les pavillons des filles. Dans une chronique, nous avions déjà appelé à revoir les grenades lacrymogènes utilisées à l’UCAD, un espace de forte concentration humaine (https://www.seneweb.com/fr/news/Chronique/parlons-des-lacrymogenes-utilises-a-lucad_n_476068.html). On avait constaté que l’odeur est insupportable, même à l’air libre. La police sait mieux que quiconque que cette fumée n’est pas faite pour les endroits clos. Pourquoi alors la répandre dans le couloir d’un pavillon de filles ?
étudiantes asthmatiques, motos renversées
On sait tous que les étudiantes ne participent presque jamais au front. On a rarement vu une fille jeter des pierres sur les FDS. En plus, beaucoup d’entre elles sont asthmatiques. Pas plus tard que vendredi dernier, une fille s’est évanouie en plein air. Il a fallu l’intervention des sapeurs-pompiers. Imaginez si elle était dans un endroit fermé. Le risque est donc très élevé à cause des maladies respiratoires dans la population estudiantine, surtout chez les filles. Mais apparemment, la police n’en a cure.
La dernière séquence s’est déroulée devant le pavillon A. Sur les images, on voit les policiers renverser les motos qui étaient stationnées devant le pavillon. L’un après l’autre, trois policiers font tomber les motos une à une, sans aucune raison apparente. On aimerait bien entendre la police nous faire le lien entre la mission qui a justifié le déploiement de ces troupes et la destruction de biens d’autrui.
Tout cela illustre qu’hier la police a assumé sa mission à l’envers : détruire, casser, mâter, violenter plutôt que protéger, sauvegarder, calmer, apaiser. Faire la lumière est certes une nécessité, situer les responsabilités et sanctionner les fautifs est certes une obligation dans ces circonstances, si tant est qu’on y croit. Mais l’urgence réside dans la formation des policiers, dans la gestion des comportements, pour que le Sénégal ne se retrouve pas encore à jouer aux médecins après la mort, surtout à l’UCAD.
