Dakar, 9 fév (SL-INFO) – Une atmosphère lourde de sens a enveloppé le quartier Golfe de Mbour ce vendredi. Si le rassemblement visait initialement le recueillement, il s’est rapidement transformé en une tribune revendicative où la douleur a laissé place à l’analyse politique des causes de l’émigration irrégulière.

La cérémonie, organisée en mémoire des disparus en mer, a réuni parents, veuves et orphelins autour d’une banderole affichant les visages d’Awa Ndoye, Lahat Faye, Fatou Samb, Waly Mbaye ou encore Demba Diop. Ces noms ne constituent pourtant qu’une fraction des pertes subies par cette communauté, littéralement vidée de sa jeunesse. Selon Emedia, les organisateurs ont qualifié ce moment de « commémor’action », un concept visant à lier le devoir de mémoire à l’exigence de réformes. L’ampleur du phénomène a été illustrée par un constat démographique glaçant dressé par Aminata Boye, présidente du Collectif des victimes de l’émigration au Sénégal (Coves). Selon elle, la saignée est telle qu’il devient difficile de recenser « dix jeunes âgés de vingt ans » dans ce périmètre géographique.
Pour expliquer cette situation, les familles ne s’en remettent pas à la fatalité mais pointent des responsabilités précises. Aminata Boye a identifié deux facteurs déterminants qui poussent les jeunes au départ. Le premier relève de la politique internationale : l’impossibilité quasi systématique pour la jeunesse locale d’obtenir des visas, créant une inégalité de mouvement face aux ressortissants européens. Le second est économique et local : la crise profonde de la pêche artisanale, secteur vital de Mbour, aujourd’hui fragilisé par la concurrence de la pêche industrielle.

**Du recueillement à la revendication politique**

Saliou Diouf, président de l’association Boza Fi et lui-même migrant de retour, a profité de cette tribune pour contester la sémantique même de l’émigration dite irrégulière. Affirmant que « voyager est un droit », il a dénoncé les frontières comme étant les véritables causes des décès, rappelant son expérience personnelle marquée par l’inhumation de compagnons de route non identifiés.

Cette mobilisation s’inscrit dans un cadre commémoratif plus large, lié à la date du 6 février 2014. Babacar Ndiaye, président de l’Association pour la solidarité des migrants et des familles démunies, a rappelé que cette journée marque l’anniversaire de la mort de quatorze jeunes migrants au Maroc. Pour les acteurs présents, l’hommage aux disparus doit désormais impérativement s’accompagner d’une révision des politiques de développement pour offrir des alternatives viables à la jeunesse de Mbour.

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